FRANCE(du 16/10 au 14/11)(fin de la première partie)

Par Eric JL BRETON

Publié le jeudi 14 novembre 2002

Jeudi 14 novembre 2002

 

Le Crédit lyonnais

L'Express du 14/11/2002

Retour sur un scandale d'Etat

par Gilles Gaetner

L'ordonnance de renvoi des responsables de la banque ex-nationalisée devant le tribunal correctionnel de Paris est édifiante. Avec, en première ligne, Jean-Yves Haberer, sur fond de milliards envolés... Jean-Yves Haberer

D'une intelligence brillante, Jean-Yves Haberer, 69 ans, est le prototype du grand commis de l'Etat. Major à sa sortie de l'ENA, il choisit tout naturellement l'Inspection des finances et se retrouve, à la fin des années 1960, directeur du cabinet de Michel Debré aux Affaires étrangères, puis à la Défense nationale. En 1974, il participe à la création du club Echange et Projets de Jacques Delors. Lors de la vague de nationalisations, en 1982, Haberer quitte le poste prestigieux de directeur du Trésor pour être nommé président de Paribas, grâce, en partie, au ministre de l'Economie, qui n'est autre que Delors. 1986: première cohabitation. Haberer, suspecté d'avoir été trop proche des socialistes, doit quitter Paribas. Deux ans plus tard, avec le retour de la gauche au pouvoir, il rebondit et se voit confier la présidence du Crédit lyonnais, où il succède à Jean-Maxime Lévêque. Haberer reste cinq ans Boulevard des Italiens. Au cours des années 1991-1992, il mènera, selon le juge Courroye, une gestion hasardeuse, source, aujourd'hui, de ses ennuis judiciaires.

Une fresque étonnante. Une plongée vertigineuse, dans les secrets et les dérives d'une grande banque, le Crédit lyonnais. C'est ce que décrit le juge Courroye dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris des principaux protagonistes d'une affaire d'Etat. Un document de 119 pages où l'on découvre, détails et révélations à l'appui, comment, de 1990 à 1992, le Lyonnais a renfloué, à perte, la Metro Goldwyn Mayer (MGM) de Giancarlo Parretti. Aidé son ami, Florio Fiorini, toujours à perte. Choyé un promoteur flamboyant, Michel Pelège. Une plongée qui nous révèle le goût prononcé du président du Lyonnais de l'époque, Jean-Yves Haberer, pour les dépenses extraordinaires. Et nous apprend que la banque - bien avant l'arrivée de celui-ci, en 1988 - avait mis sur pied une structure occulte destinée à rémunérer certains cadres.

 

En première ligne, tout au long du document de Courroye, un personnage brillant, esthète: Jean-Yves Haberer. Qui est poursuivi pour présentation de comptes inexacts, diffusion d'informations fausses et distribution de dividendes fictifs, en 1991 et 1992. A ses côtés, également renvoyés devant le tribunal, l'ancien directeur général, Bernard Thiolon, et son adjoint, François Gille. Et encore l'ex-directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet, en dépit du non-lieu requis par le parquet. A propos de Trichet, aujourd'hui gouverneur de la Banque de France, Philippe Courroye serait-il allé un peu vite en affirmant qu'il ne pouvait ignorer les agissements d'Haberer? Le procès, prévu du 6 janvier au 12 février 2003, devrait apporter une réponse à cette question clef.

 

Retour sur un scandale d'Etat et morceaux choisis de l'ordonnance du juge Courroye.

MGM: le jeu trouble du Lyonnais

«Un personnage hors du commun.» Tel est, en 1990, le jugement flatteur que porte Jean-Yves Haberer sur l'homme d'affaires italien Giancarlo Parretti, propriétaire de la Metro Goldwyn Mayer (MGM), célèbre firme de cinéma de Hollywood. Un drôle de personnage, Parretti. Malgré des ennuis judiciaires en Italie, il parvient à racheter, au printemps 1987, grâce à un prêt du Crédit lyonnais Bank Nederland (CLBN, la filiale néerlandaise du Crédit lyonnais), la société américaine Cannon, endettée à hauteur de 2 milliards de francs. Fin octobre 1990, Cannon, devenue Pathé-Communication, prend le contrôle de la MGM pour 1,3 milliard de dollars. Chaque fois, le CLBN lui accorde des encours considérables. Pourtant, le président du Lyonnais ne s'émeut guère des antécédents de Parretti, pas plus qu'il ne s'inquiète des engagements du Lyonnais sur l'homme d'affaires italien. Haberer plaide qu'en 1990 non seulement le CLBN ne lui fournissait que peu d'informations sur la situation réelle de la MGM, mais, en prime, lui dissimulait ses comptes.

 

Pas d'accord, répond le juge Courroye. En effet, écrit-il, dès décembre 1990-janvier 1991, Haberer, informé «de la mauvaise situation [de la MGM], estimera nécessaire d'envoyer à Los Angeles une équipe dirigée par deux directeurs centraux, François Gille et Alexis Wolkenstein. Ceux-ci resteront à Los Angeles, de mars à juin 1991, pour étudier les risques du dossier MGM, prendre le contrôle de celle-ci et essayer de la redresser».

Dix ans de déboires judiciaires et financiers

Eté 1992

Le directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet, avertit le ministre de l'Economie, Michel Sapin, de la dégradation de la situation de la banque.

Septembre 1992

Michel Sapin demande des explications à Jean-Yves Haberer.

Juillet 1994

La commission d'enquête parlementaire se montre très critique envers les ex-dirigeants de la banque.

Octobre 1995

La Cour des comptes épingle à son tour l'état-major du Lyonnais.

Août 1996

Jean Arthuis, ministre de l'Economie, engage des poursuites contre les anciens dirigeants de la banque, dont Jean-Yves Haberer, pour défaut de contrôle des filiales. Septembre 1998

Mise en examen d'Haberer et de François Gille.

Mai 2002

Le parquet requiert un non-lieu en faveur de Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France.

Juillet 2002

Le juge Courroye renvoie Haberer et Gille en correctionnelle. Il fait de même avec Trichet, malgré les réquisitions de non-lieu du parquet.

François Gille lui-même, abasourdi par l'ampleur de la déconfiture de la MGM, téléphonera - de Los Angeles - au directeur général, Bernard Thiolon: «Passez une provision de 100 à 200 millions de dollars sur les engagements MGM.» Un affolement qui se comprend: Gille vient d'apprendre qu'aucune garantie n'a été prise sur les prêts accordés à Parretti par le CLBN et qu'une procédure de faillite involontaire a été ouverte aux Etats-Unis le 29 mars 1991. Malgré cette situation alarmante, déplore Courroye, Jean-Yves Haberer décide, dans son rapport annuel, de ne pas passer de provisions, et de ne pas faire état des difficultés de la MGM. Heureusement pour lui, Haberer n'a rien à craindre pour ces faits, qui remontent à 1990: ils sont prescrits. Tel n'est pas le cas pour ceux de 1991, où les erreurs de l'état-major du Lyonnais perdurent, entraînant une dégradation de la situation de la MGM. Cette année-là, son encours est multiplié par deux, et atteint 550 millions de dollars. Quant aux pertes, elles vont tripler. Résultat: le 9 avril 1992, le cabinet KPMG de Los Angeles ne certifie les comptes qu'avec des réserves.

 

Pourtant, à Paris, en ce printemps 1992, boulevard des Italiens, on affiche un optimisme de bon aloi: 1. la situation de la MGM, estime- t-on, s'est sensiblement améliorée. 2. La banque a pris en main la gestion de la MGM, évaluée désormais à 900 millions de dollars.

 

«Une estimation invraisemblable, rétorque Courroye, qui ne repose, courant 1991, sur aucune étude de valorisation ni sur aucun document fiable.» D'autant que, «au cours de cette période, le Crédit lyonnais a supporté seul le financement de la MGM en lui accordant, le 12 avril 1991, un prêt de 145 millions de dollars pour éviter la faillite de la société». Une situation dramatique qu'Haberer ne pouvait ignorer, insiste le magistrat, puisque le gouverneur de la Banque de France, Jacques de Larosière, l'avait mis en garde sur la faiblesse du provisionnement. D'où ce constat - à nouveau critique: «L'absence de provision sur la MGM affecte gravement la sincérité des comptes de l'exercice 1991 du Crédit lyonnais.»

Sasea: l'incroyable soutien à Fiorini

Un autre aventurier s'est également introduit dans le Lyonnais: Florio Fiorini, animateur de la Sasea, un holding suisse, jadis gestionnaire des biens agricoles du Vatican. Comme Parretti, il a, lui aussi, bénéficié d'un soutien inconsidéré de la banque du boulevard des Italiens. C'est au début des années 1980 que ce Toscan, originaire de Sienne, rescapé des scandales du Banco Ambrosiano et de la loge P 2, prend le contrôle de la Sasea. A l'époque, ce holding détient des participations dans quatre secteurs d'activité: l'immobilier, à travers la société espagnole Renta et l'italienne Scotti; l'assurance, avec Chamotte unie; le commerce international - principalement le Yémen - à travers Sasea Trading, et la communication, où elle est associée à Giancarlo Parretti.

La défense d'Haberer

Dans une note argumentée, aux fins de non-lieu, remise au juge Courroye, l'avocat d'Haberer, Me Pierre Cornut-Gentille, répond aux accusations lancées contre son client. Le risque Sasea. Comme François Gille, Haberer n'estimait pas nécessaire, au 30 juin 1992, de provisionner Sasea, à hauteur de 100%, compte tenu de l'existence de garanties. De plus, toujours au 30 juin 1992, Haberer n'a jamais eu conscience d'un sous-provisionnement du risque Sasea. Les pertes sur MGM-Sasea. Elles sont la conséquence des certifications mensongères du cabinet KPMG et de «la transgression délibérée et clandestine par M. Georges Vigon [patron du Lyonnais-Hollande] des instructions très claires de M. Haberer». Le dossier Pelège. Dès la fin de 1991, Haberer demande à un de ses collaborateurs de suivre ce dossier. Cela n'implique pas qu'en septembre 1992 Haberer ait eu connaissance d'une insuffisance de provisionnement sur les encours du groupe. Elément capital, enfin: à plusieurs reprises, sous la foi du serment, le secrétaire général de la Commission bancaire Jean-Louis Butsch, aujourd'hui décédé, a certifié que les comptes de la banque étaient sincères.

Dès la fin des années 1980, le CLBN avance plusieurs millions de dollars à la Sasea, en butte à des difficultés croissantes. Au début de 1991, la cote d'alerte est atteinte, contraignant la banque à mettre sur pied un plan de restructuration qui se traduit par la vente de Scotti au groupe immobilier Pierre Ier et par un rééchelonnement des encours de la Sasea jusqu'au 31 décembre 1993. Hélas, ce plan capote. Tant et si bien que les encours de la Sasea atteignent, fin 1991, 3,5 milliards de francs, alors que le stock de provisions ne s'élève qu'à 1 milliard.

 

Aussi n'est-il pas étonnant que, le 23 mars 1992, François Gille lance un véritable SOS à Haberer et à Thiolon, en évoquant le spectre d'un dépôt de bilan de la Sasea. Le 30 juin 1992, l'encours de la Sasea dépasse les 4 milliards de francs.

 

Le 1er juillet, nouvel appel au secours - sous forme de note - de Gille à Haberer et à Thiolon: «Passez un provisionnement plus important de Sasea dans les comptes de la banque.» Lorsqu'il reçoit cette missive, le président du Lyonnais est effondré. Aussitôt, il y répond: «Par une note de François Gille, je reçois une blessure probablement mortelle. Il s'agit toujours des conséquences désastreuses de la manière dont notre filiale néerlandaise (...) a engagé des financements internationaux inconsidérés. Lorsqu'à la fin d'avril 1991 on m'a révélé cela, j'ai compris l'arrêt de mort. Aujourd'hui, on m'informe, à nouveau, avec un incompréhensible retard, que c'est encore plus grave que je ne le savais.»

 

Philippe Courroye charge alors un peu plus Haberer: «Cet aveu écrit du président du Lyonnais révèle sa parfaite connaissance du risque important et avéré résultant du dossier Sasea et de ses satellites.»

Quand le Lyonnais chouchoute Michel Pelège

Manque de vigilance et imprudence: voilà bien les causes principales de la déconfiture du Lyonnais dans l'immobilier. Un chiffre est, à cet égard, révélateur: 41,3 milliards de francs. Il représente le montant total des encours de la banque, dans ce secteur, au 30 juin 1992. Alors qu'il n'atteint que 26 milliards pour la BNP, et 17 pour la Société générale. La raison? Le Lyonnais n'a que tardivement provisionné les risques immobiliers. Mais, surtout, la banque a chouchouté, au-delà du raisonnable, le groupe de promotion immobilière dirigé par Michel Pelège. L'homme, plein d'entregent, avait de quoi séduire. Et cela a marché auprès d'Haberer, qui l'aidera à lancer son raid sur la Société auxiliaire d'entreprises (SAE). Ce sera, hélas! le fiasco, l'entreprise Fougerolle emportant in fine le morceau.

 

Cet échec entraîne d'énormes difficultés financières pour Pelège, qui conduit le Lyonnais à lui accorder des encours considérables: 1,4 milliard au 31 décembre 1991. Abasourdi par un tel montant, Jean-Yves Haberer charge l'un de ses directeurs, Michel Gallot, de suivre le dossier. Le 9 janvier 1992, Jacques de Larosière presse Haberer de passer des provisions, dans les comptes de 1991, sur l'ensemble des dossiers immobiliers. Trois mois plus tard, nouvelle mise en garde du gouverneur. En substance: «Attention! le taux de couverture des risques sur Pelège est beaucoup trop faible.» Il est vrai que le Lyonnais n'a provisionné, sur le groupe Pelège, que 50 millions de francs. Encore que cette insuffisance de provisions sur Pelège, ainsi que sur Sasea et la MGM, permette à Jean-Yves Haberer d'afficher, pour 1991, des résultats plus qu'honorables: 750 millions de francs de bénéfices en social et 4 milliards en consolidé. Seulement, voilà: ce joli score ne reflète pas la réalité comptable de la banque. Le magistrat constate: «L'insuffisance des provisions a eu un très fort impact sur les comptes sociaux et consolidés du Crédit lyonnais. Ces faits sont susceptibles de constituer les délits de présentation de comptes inexacts (comptes sociaux), de diffusion d'informations fausses ou trompeuses (comptes consolidés).»

 

1992. La crise immobilière sévit toujours. Et, avec elle, les encours sur le groupe Pelège, qui grimpent, au 30 juin, à 3,4 milliards, tandis que les provisions ne représentent que 250 millions.

 

Une fois encore, comme en 1991, le Crédit lyonnais présente des comptes ne reflétant pas la réalité. Et Courroye de pointer les responsables: «Jean-Yves Haberer, Bernard Thiolon et François Gille. Tous trois sont susceptibles d'avoir commis le délit d'informations fausses et trompeuses.»

Des dépenses somptuaires

22,9 millions de francs. Plus de 2 milliards de centimes! Tel est le montant, fort coquet, des honoraires versés, entre 1989 et 1993, à l'architecte Michel Boyer, chargé de l'aménagement des locaux de la direction générale de la banque à Paris, ainsi que de ceux des sièges des filiales françaises et étrangères.

Le cas Trichet

Directeur du Trésor (août 1987-septembre 1993) et gouverneur de la Banque de France depuis, Jean-Claude Trichet va comparaître pour complicité de «diffusion d'informations fausses et trompeuses» (année 1992 et premier semestre 1993) et de «présentation de comptes infidèles» (année 1992). La mise en examen de l'ancien directeur du Trésor résulte d'une plainte de Jean Arthuis, ministre de l'Economie, qui, en août 1996, trouvant les comptes du Crédit lyonnais peu sincères, avait demandé l'ouverture de poursuites pénales. Elles visent notamment le directeur du Trésor: a-t-il délibérément sous-estimé l'importance des provisions à passer par la banque pour qu'elle présente des résultats conformes aux règles de solvabilité de la profession? Le parquet avait demandé un non-lieu pour Jean-Claude Trichet, estimant que, si le directeur était informé des doutes sur le montant des provisions, il n'avait pas pris de part active à l'arrêté des comptes du Lyonnais ni donné d'instructions. Le juge Courroye n'a pas suivi le parquet. Les dates du procès permettront toutefois à Trichet de voir clarifier à temps sa situation judiciaire: s'il obtient une relaxe, il pourra succéder à Wim Duisenberg, qui quittera la Banque centrale européenne en juillet 2003.

Le juge Courroye a cherché à savoir si Michel Boyer, déjà sollicité par Haberer lorsqu'il présidait Paribas, entretenait des liens d'amitié avec ce dernier ou s'il avait travaillé, à titre personnel, pour le compte de l'ancien président du Crédit lyonnais. La réponse a été claire et nette: c'est non. Aucun soupçon ne pèse donc sur Haberer. Il n'empêche. S'intéressant aux travaux d'aménagement entrepris tant au siège de Madrid du Lyonnais qu'à ceux de Saint-Pétersbourg ou de Budapest, le magistrat déplore: «Ces dépenses somptuaires apparaissent totalement inopportunes au regard des difficultés rencontrées par la banque, entre 1991 et 1993.» Il est vrai que le seul agencement des locaux du Lyonnais à Saint-Pétersbourg aura coûté 3,8 millions de francs...

L'énigmatique Panindustria

Qui l'eût cru? Le Crédit lyonnais a créé, au milieu des années 1980, une structure occulte, Panindustria. Objectif: rémunérer en toute discrétion certains intermédiaires en matière de ventes d'armes et verser quelques compléments de salaire à des cadres. C'est en perquisitionnant, le 2 décembre 1998, au domicile de l'ex-directeur général du Lyonnais, Michel Renault, que la PJ découvre un rapport de l'Inspection générale de la banque sur l'activité de Panindustria...

 

Selon ce document, Panindustria, structure de droit péruvien, contrôlée à 94,5% par le Lyonnais, elle-même filiale à 100% d'une société dénommée Interetud, assurait, au Pérou, la représentation commerciale de l'Office général de l'air et de diverses firmes d'armement. Panindustria était rémunérée sur la base de commissions, de l'ordre de 3 à 5% du montant total des contrats passés. Les commissions versées à Panindustria étaient encaissées sur un compte ouvert au Crédit lyonnais Luxembourg, sans jamais apparaître dans la comptabilité de la banque.

 

Intrigué par cette découverte, Philippe Courroye perquisitionne, le 26 janvier 1999, dans les locaux d'Interetud. Bien lui en prend: il met la main sur un brouillon dans lequel sont recensées, au crayon, les opérations enregistrées sur le compte de Panindustria, ouvert donc au Crédit lyonnais Luxembourg, de 1985 à 1994. L'examen dudit compte, crédité de 21 millions de francs seulement, permet de repérer les commissions versées à l'occasion de ventes d'armes et de connaître les bénéficiaires des largesses de Panindustria. Ainsi ce cadre du Lyonnais qui, une fois retraité, a poursuivi la prospection de marchés dans les pays de l'Est: il recevra 1 850 000 francs. Ainsi ce directeur général de la banque Trad, filiale à 98% du Lyonnais, qui, en guise de complément de salaire, percevra 350 000 francs. Une façon commode d'échapper au fisc... Le successeur de Haberer, Jean Peyrelevade, mettra lui-même fin aux activités de Panindustria.

 

Extraordinaire histoire, en vérité. Qui montre comment une banque, nationalisée à l'époque, a manqué de prudence et de flair, engloutissant en pure perte des milliards de francs. Comment cela a-t-il été possible? Le 10 mai 1994, devant la commission d'enquête parlementaire sur le Lyonnais, Peyrelevade fournissait un début d'explication: «Jean-Yves Haberer a conduit cette maison suivant une ligne que je continue de ne pas comprendre. Nous sommes au-delà de ce que j'appelais un mauvais jugement sur certains risques; nous sommes dans un système de développement dans lequel je considère que certaines des disciplines élémentaires de notre métier ont été complètement oubliées.»


Jeudi 14 novembre 2002
 
Paris : 40 000 apparts pour initiés

Ça s’appelle le «locatif intermédiaire». Ça représente un parc de 40000appartements à loyers abordables auxquels vous pouvez tous, ou presque, postuler… Si vous êtes initiés.
 

 
Des logements sympas à prix écrasés
 
Vous êtes jeune cadre, instit, designer, artisan, médecin, et votre petite famille parisienne s’élargit. Et vous cauchemardez devant les annonces des agences immobilières hors de portée de votre compte courant. Saviez-vous, lecteurs du «Nouvel Obs Paris-Ile-de-France», que la plupart d’entre vous peuvent pourtant accéder dans la capitale à un logement locatif de fort bonne tenue et classifié social? A prix aidé, c’est-à-dire écrasé. Un appartement dont le mètre carré oscille entre 45% et 60% des tarifs en vigueur aujourd’hui sur le marché libre…

Bon d’accord, il faut tout de même être capable de décrypter les abréviations «technocratico-sociales» (PLI, PLS, ILN, «intermédiaire»,«horsSRU»…) de ces 40000 apparts gérés pour le compte de l’Hôtel de Ville par une dizaine de sociétés d’économie mixte (SEM) inconnues du grand public. A raison de près de trois personnes par logement intermédiaire, ce sont 120000 personnes hébergées. L’équivalent de la ville de Rouen! Phénomène en expansion: 2000 nouveaux appartements de 2 à 5 pièces vont être mis en circulation en 2003. Vous ne le saviez pas? Nous non plus. Vous n’avez pas la moindre petite idée des procédures qui vous permettraient de faire valoir vos droits ? Nous non plus. Alors, comme ça nous exaspérait, on vous raconte notre fabuleux voyage au centre du parc immobilier intermédiaire. Un univers silencieux. Confiné. Et très efficace à force d’anesthésier la demande: la compétition ne se joue, le plus souvent, qu’entre les possesseurs d’informations réservées et chuchotées. Qui sait que l’on doit s’inscrire au bureau du logement de sa mairie d’arrondissement pour obtenir un 90 mètres carrés de type résidentiel quai de Bercy ? Ou situé devant la Maison de la Radio? A moins de 1000 euros par mois…

Qui connaît l’itinéraire «bison futé» du second dépôt de dossier à… l’OPAC (Office public d’aménagement et de construction) pour avoir plus de chances? Qui a eu vent de l’existence et du téléphone de la cellule commerciale (sic) de l’OPAC? Qui a pu repérer celui, celle ou ceux qui, dans sa mairie, peuvent appuyer votre traque du home sweet home? Personne ou presque. Presque, ce sont souvent des initiés, locataires déjà en place, malins, proches de la petite élite parisienne ou forcenés de la procédure. Sommes-nous encore un peu dans les brumes immobilières de la Chiraquie? En tout cas, Bertrand Delanoë n’est pas le dernier à s’inquiéter en privé de la persistance de ces zones d’ombre. Son adjoint Vert, Yves Contassot, exprime, lui, à haute voix, dans nos colonnes (lire l’entretien page 14), son ras-le-bol.

Pour distinguer un peu mieux les contours de ces trajets labyrinthiques, «l’Obs Paris-Ile-de-France» a essayé de flécher les parcours. Pas facile. Un exemple suffit à dire le désordre: personne n’a aujourd’hui la moindre idée de la sociologie des heureux attributaires des 40000 logements intermédiaires occupés! Et aucun des bailleurs sociaux ne peut donc savoir si les bénéficiaires remplissent encore les conditions d’attribution requises (enfants à charge, niveau de revenus, etc.). Dans ces conditions brumeuses, est-ce faire preuve de mauvais esprit que d’imaginer qu’un certain nombre d’initiés puissent profiter, au-delà du raisonnable, du système? Ou que des margoulins en profitent encore pour jouer les intermédiaires occultes à 4500euros (30000francs) le coup de pouce? Une machinerie protégée par un brouillard épais en amont et qui en aval garantit à la fois une domiciliation et un loyer subventionné!

La nouvelle équipe de la Mairie de Paris est consciente du malaise. C’est grâce aux efforts de Jean-Yves Mano, l’adjoint au Logement, que nous connaissons pour la première fois avec exactitude le profil des demandeurs 2002 de logements intermédiaires. Bravo! Sauf que le résultat révèle l’inanité du système: alors que les besoins en logements explosent ces dernières années à Paris, le nombre de demandeurs de «PLI et assimilés» diminue! D’autre part, à l’Hôtel de Ville, une commission d’attribution – ouverte aux associations et à l’opposition, qui n’y met plus les pieds –, examine dorénavant au grand jour un certain nombre de candidatures. Bravo! Mais côté mairies d’arrondissement, où se distribue l’autre moitié des appartements, il est bien difficile de s’y retrouver. Parfois, c’est le maire tout seul, ou son adjoint, ou une commission –mais laquelle?– qui s’en occupe… Enfin, on constate que les sociétés d’économie mixte distribuent un peu comme elles l’entendent un certain nombre de ces PLI qui leur appartiennent en propre… En toute légalité, puisque la loi ne les astreint pas, sur ce stock, à mettre en place une commission.

L’affaire est d’importance. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les milieux populaires et les petites classes moyennes (des assistantes maternelles aux infirmières en passant par les instituteurs, employés ou postiers) qui sont bannies de la capitale. Mais aussi les familles de cols blancs, à leur tour bousculées par la nouvelle flambée des loyers et de l’immobilier. Au-delà de l’aspect moral de la transparence, il y a donc bien un enjeu politique. Urbain. Oui ou non, le pouvoir municipal doit-il assumer cet outil de discrimination positive en faveur de la France du milieu? Ou l’abandonner parce que obscène au regard des situations d’urgence des plus démunis… En un mot, Paris doit-il devenir une caricature de mixité sociale: les résidentiels côté jardin, les démunis de l’autre?

Guillaume Malaurie
Logement intermédiaire, kesako?

 

En un mot, c’est mieux que les HLM et bien moins cher que le marché libre. La Mairie de Paris regroupe sous ce vocable tout ce qui n’est pas du logement social au sens de la loi SRU (Solidarité renouvellement urbain), qui impose un quota de 20% de logements sociaux par commune.
On y trouve de l’habitat ancien et des immeubles neufs.

Parmi les immeubles anciens :

-. les ILM, immeubles à loyer modéré, datant des années 30;
-. les LLI, logements à loyer libre, qui, contrairement à leur sigle, sont loués à des conditions très avantageuses;
-. les ILN, immeubles à loyers normaux, datant des années60 et 70.

Parmi les immeubles neufs:

-. les PLI, prêts locatifs intermédiaires, datant des années80 et 90;
-. les PLS, prêts locatifs sociaux, qui remplacent peu à peu les PLI ;
-. et même quelques «Besson», du nom de la loi qui réglemente leur financement.

Ces dernières années, les appellations sont devenues abstraites. Pour enfumer les candidats, c’est-à-dire nous tous ou presque, c’est ultraperformant.CRL

 

Quatre étapes pour un bail


 
Plusieurs organismes gèrent les logements Ville de Paris : l’OPAC, la RIVP, la SAGI et six SEM.

1re étape
Lorsqu’un logement se libère, l’organisme concerné en informe la Mairie de Paris. Parfois, il oublie cette formalité et reloue directement. Une inspection est en cours dans diverses sociétés dont le taux de retour de logements est anormalement bas. Premier nuage.
L’Hôtel de Ville dispose alors de trois mois (parfois moins) pour désigner un candidat au logement vacant. Faute de quoi, le bailleur le «reprend» et l’attribue lui-même à un locataire de son choix. En 2001, au moins 250 logements du patrimoine parisien auraient été ainsi «perdus pour un tour». Lorsqu’on sait qu’un tour dure en moyenne huit à neuf ans, on réalise la perte sèche pour la Ville. Deuxième nuage.

2e étape
Les logement libres (ou neufs) entrent dans la machinerie Ville de Paris. Un service administratif, la DLH (direction du logement et de l’habitat), sélectionne cinqcandidats par logement et une commission d’attribution choisit l’heureux locataire.

3e étape
L’autre moitié des appartements passe par le circuit plus flou des mairies d’arrondissement. Là, ce n’est plus un nuage, mais une nébuleuse… (Lire notre Mode d’emploi, pages 16 à 18.)

4e étape
Les organismes bailleurs de la Ville (l’OPAC et les SEM) attribuent en direct des logements qui leur appartiennent en propre ou qui font partie du contingent de la Ville mais qui ont été refusés ou «repris». Un raccourci très brumeux.

Qui attribue les logements ?

Les guichets officiels, officieux et parallèles


 
Certes, nous n’en sommes plus au temps où il suffisait d’apposer le sceau de Claude Chirac ou celui de Xavière Tiberi pour se voir attribuer un logement. En toute transparence, d’ailleurs, puisque les dossiers étaient étiquetés du nom de leur bienfaiteur et gérés exclusivement par le cabinet du maire. Des temps révolus, au moins au niveau central. Aujourd’hui, chaque semaine, une commission d’attribution se réunit et arbitre. Certes, les élus d’opposition en ont démissionné en janvier 2002, considérant qu’ils ne disposaient pas de toutes les informations leur permettant réellement de choisir. Le dispositif est cependant moins opaque que le cabinet noir de Jean Tiberi, d’autant que des représentants associatifs comme Emmaüs ou la Confédération générale du logement (CGL), par exemple, y ont leur mot à dire. Et là, pas de favoritisme : la Mairie de Paris en devient paranoïaque. Un hic, toutefois : ce circuit qui se veut plus propre que propre ne gère que la moitié des attributions municipales. Et, au total, moins encore : le statut spécial de Paris, régi par la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille), répartit les pouvoirs entre la mairie centrale et les mairies d’arrondissement. Pour ce qui est du logement, moitié chacun. Entre le 1er janvier et le 30 juin 2002, 670 logements ont été attribués par l’Hôtel de Ville et 678 par les vingt mairies.
Le mode d’attribution des mairies d’arrondissement est nettement plus flou. Le clientélisme n’est jamais loin quand on est près des électeurs (lire notre Mode d’emploi, pages 16 à 18).
Enfin, les organismes chargés de gérer le parc de logements de la Ville, l’OPAC et les diverses SEM (sociétés d’économie mixte) valident les candidatures désignées par l’Hôtel de Ville ou la mairie d’arrondissement. Il leur arrive de refuser un candidat. Soit qu’il ait à leurs yeux des ressources insuffisantes. Ou pour toute autre raison moins nette. Dans ce cas, le bailleur désigne directement son locataire sans repasser par les circuits de la Ville. Même chose lorsque la Ville n’a pas trouvé de candidats dans les délais. Lesquels peuvent s’avérer fort courts (lire l’entretien avec Yves Contassot, page 14). Par ailleurs, certains de ces organismes possèdent un patrimoine propre qu’ils attribuent comme bon leur semble (lire ci-contre et pages 12-13). Certains, comme l’OPAC, passablement secoué par les affaires tibériennes, ont adopté les critères et procédures d’attribution de la Ville. Ce n’en est pas moins un circuit parallèle. D’autres confient la sélection des candidats à des salariés en interne et valident le tout dans de pseudo-commissions dont le préfet et un élu parisien sont membres de droit. Autant de petits ruisseaux autonomes par lesquels se distribuent un millier de logements par an, surtout des habitations dites « intermédiaires ». Catherine Erhel

Comment j’ai trouvé un F3 en 24 heures!

Avec un numéro d’inscription, une bonne fiche de paie, et un élu en sautoir. La preuve par notre journaliste Isabelle Curtet-Poulner.
 
Bingo à la SAGI. Pourtant, le premier contact est dissuasif: «C’est exclusivement la Ville qui désigne les candidats. Avant, nous avions une plus grande marge de manœuvre. Depuis un an et demi [arrivée de Delanoë], c’est fini.» Mais, subitement, aux seuls mots de «1% patronal», le dialogue se noue. Fluide. «Dans ce cas, c’est différent, assure-t-on. Si votre société est d’accord, invitez-la à joindre Melle Maigre » (01-40-75-32-04).

Contactée, celle-ci se lance dans une première recherche. Spontanément. Et sans un mot sur le 1% patronal, du moins pour le moment. Elle fait défiler son stock de PLI en souffrance, en tapotant sur son clavier. Cette fois, c’est trouvé: «J’ai peu de choix, soutient-elle. Je vous propose un F3 de 74 mètres carrés, dans le 20e en rez-de-chaussée, pour 771euros [5057francs]. Ou un 64mètres carrés, rue de la Durance (12e), quasi au prix du marché: 997euros [6540 francs].» A saisir par simple échange de fax. Mais il y a mieux: la perspective, alléchante, d’une seconde recherche. «Par le 1% patronal, vous auriez plus de choix, glisse-t-elle. Et cette fois, dans tous les arrondissements…» Tant de bonne volonté s’explique. Pour la SAGI (et ses consœurs): le 1% patronal est un filon juteux. Une manne d’environ 150000 francs par affaire. C’est en effet le prix à payer par les entreprises pour réserver un logement. Confirmation immédiate: «Il faut que votre société[en réalité l’organisme collecteur du 1%: NDLR] soit prête à payer 23 000 euros [150870 francs] pour un F3. Et 21 500 euros [141 031francs] pour un F2.» CQFD. I. C.-P.



 
Découvrez la filière SEM !

 
Ala tête d’un patrimoine de 78000 logements, dont 39000 HLM, la Ville de Paris n’a pas vocation à se transformer en agence immobilière. Comme la plupart des communes, elle en confie la gestion à un office public, l’OPAC, et à des sociétés d’économie mixte (SEM) en association avec des partenaires privés. La municipalité passe avec ces SEM des conventions pour la gestion de son patrimoine. Elle désigne des élus pour siéger au conseil d’administration mais exerce un contrôle de pure forme. Petit à petit, les SEM se sont taillé une autonomie. Ce sont elles qui signent le contrat de location, encaissent les loyers, effectuent les travaux d’entretien et signalent (ou pas) les logements vacants. Certaines s’autorisent même à refuser des locataires présentés par la mairie. Ou à attribuer elles-mêmes des appartements si la Ville tarde. Ces logements reviennent-ils ensuite à la mairie? La confusion est d’autant plus facile que l’OPAC et les SEM se sont constitué leur propre parc: 4000 logements pour l’OPAC, plus de 5000 pour la SAGI, une centaine d’immeubles pour la RIVP. Ceux-là sont loués et exploités en direct par la SEM concernée. Sans passer par la case mairie.  CRL et M. T.

 

Demandez la "cellule commerciale":01 44 41 79 47


 
Ce jour-là, miracle, Thierry Gaudy décroche. Un homme précieux ce Monsieur Logement intermédiaire de l’OPAC. Chargé de placer les ILN et autres PLI, tombés dans l’escarcelle du patrimoine propre de l’Office. Précieux mais discret. Dénicher les coordonnées de sa «cellule commerciale» relève du jeu de piste… ou du piston. Ensuite, il faut faire preuve de ténacité pour l’obtenir au bout du fil. Mais alors il ouvre complaisamment son ordinateur.

Aujourd’hui, il a 19 appartements en stock, place Pinel (13e), rue d’Aubervilliers (19e), rue Saint-Blaise (20e)… Des adresses difficiles. Pour celles-là, il accepte trois étudiants en colocation ou des intermittents du spectacle aux revenus en accordéon. Il a aussi un F2 boulevard Vincent-Auriol (13e), un F4 boulevard des Frères-Voisin (15e). «Ceux-là, je ne vais pas les garder longtemps», dit-il. Nouveau coup de téléphone. «Journaliste? Salarié? Et elle? Intermittente. Bon. Quatre personnes. D’accord. Qu’ils me passent un fax.» Une assistante sociale du 18e a trouvé son chemin jusqu’à lui. «Non, Madame, les programmes neufs, ce n’est pas nous qui les attribuons. Je dois avoir des choses dans le 18e… Ah, vous avez déjà refusé le 11 rue Max-Dormoy? Vous y travaillez… Vous ne voulez pas ces coins-là pour vos enfants?» Son champ d’action à lui, c’est plutôt les quartiers nord de Paris. «Je place 40 appartements par mois en moyenne, 400 depuis le début de l’année», dit-il, fièrement.

Moussa est l’un de ces bénéficiaires. Touareg, musicien à ses heures et flasheur dans une imprimerie, il a beau se revendiquer nomade, il a dépensé beaucoup d’énergie pour se sédentariser à la naissance de son deuxième bébé. Tuyauté par des copains intermittents, il a débarqué dans le bureau de Thierry Gaudy. Bon de visite immédiat, le rêve, et puis patatras, la commission attribue le logement convoité à quelqu’un d’autre. Quatre mois plus tard, il emménage quand même dans un «faux 3-pièces», 60m2, 3300F. Même parcours pour Gérald, étudiant, un bébé, l’urgence de trouver un toit. La commission d’attribution lui a refusé un premier logement. Il attend avec impatience une prochaine commission. CRL


OPAC, 51, rue du Cardinal-Lemoine, Paris-5e. Pour contacter Thierry Gaudy: 01-44-41-79-47; fax : 01-44-41-76-00 ; e-mail : t.gaudy@opacparis.fr


"Et n'oubliez pas le nom de l'élu..."


Officiellement, c’est non: les bailleurs sociaux n’attribuent pas de logements en direct. Mais, officieusement, un particulier peut s’inscrire et court-circuiter le système d’attribution établi. Nous l’avons testé pour vous.
 
A la RIVP, on joue franc jeu: «Faites le 01-53-82-81-30 et demandez le bureau des attributions, ça vaut la peine de s’inscrire», glisse-t-on. Réponse plus feutrée à la SEMIDEP (01-53-36-34-34): «Nous n’attribuons pas de logements, nous les gérons.» La nuance, c’est pour la forme. Dans les faits, il y a moyen de s’entendre. La clé? Appeler sur les conseils d’un élu ou se référer au site internet maison. L’allusion fait mouche. «Oui, des PLI, on en a, admet-on alors. Mais à Paris, nous comptons surtout des petits programmes, pas de grands complexes. Sauf dans le 13e et le 20e.» Suit le joker d’usage: «Vous avez un numéro d’inscription?» Oui. «Alors, faites une lettre, expliquez votre situation, le type de logement souhaité. Joignez vos fiches de paie, votre numéro d’inscription. Mettez le plus d’informations possible. Et le nom de l’élu qui vous envoie. Adressez le tout au chef d’agence, Monsieur Cayel, 7, avenue de la République.» La porte d’entrée.

Bonne pioche aussi à la SGIM. La standardiste a l’habitude: «C’est pour quoi? Un logement? Je vous passe la personne. » La personne, c’est Mme Crespel. Là, même topo et même réaction: «Vous avez un numéro d’inscription?» Oui. «Vos revenus?» Environ 4500euros pour un couple et un enfant. «Dans ce cas, consent-elle, je vous envoie un imprimé.» Un imprimé? «Une fiche de renseignements pour vous inscrire chez nous.» A l’accueil, la réceptionniste est d’ailleurs très avertie: «Inutile de passer par Mme Crespel, dit-elle, des imprimés j’en ai un tiroir plein.» On y lit en toutes lettres: «Fiche à retourner remplie à la SGIM. » Pour son très personnel listing.

Ce mode de gestion parallèle vaut aussi pour la SEMEA 15: «Quelle mairie vous envoie? Le 12e? Il faudra attendre que quelqu’un libère un logement ou meure, lâche la standardiste. Je vous mets en relation avec la personne qui donne les directives.» Christiane Roussel (01-53-95-16-03) s’en occupe: «Ecrivez à Sabine Baietto-Beysson, directrice générale. Mais j’ai très peu de logements dans le 12e.» Et ailleurs? «C’est possible. Juste un détail: quels sont vos revenus? 4 000 euros? Alors je vous passe Mme Barrau, chargée du 20e: des PLI, elle en a plein. Envoyez-lui fiches de paie, relevé d’imposition 2000 et indiquez ce que vous souhaitez.» Son assistante est plus rétive: «Ça peut prendre du temps. Mais faites tout de même votre demande.» A tout hasard. Evidemment.Isabelle Curtet-Poulner


Entretien avec Yves Contassot

Non au copinage !


L’adjoint au logement de la mairie du 3e arrondissement, depuis 1995, aimerait que ça change.
 
Le Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France. La Mairie de Paris se veut transparente dans l’attribution de logements sociaux. Qu’en est-il dans les mairies d’arrondissement ?
Yves Contassot. Au cours du mandat précédent, le 3e était la seule mairie à s’être dotée d’une commission d’attribution. Je l’ai assez dénoncé. Aujourd’hui, c’est une mosaïque. Dans certaines mairies, de réelles commissions sont en place. Dans d’autres, de droite comme de gauche, les attributions restent la prérogative du maire, avec parfois une pseudo-commission. Le problème, c’est que les maires ont tendance à considérer qu’ils sont maîtres chez eux. Et à faire du clientélisme.

Dire aux gens qu’il suffit de s’inscrire en mairie d’arrondissement, n’est-ce pas leur mentir ?
Si. Exemple : lorsque vous vous inscrivez en mairie, on vous dit que votre demande sera transmise à l’OPAC. C’est faux : il y a 100 000 demandeurs à la Ville de Paris, seulement 30 000 dans le fichier OPAC. Je me souviens avoir entendu des élus siégeant à l’OPAC expliquer que cela permettait un premier filtre, afin de ne pas être débordé par les dossiers… Comme si l’objectif était de diminuer le nombre de demandeurs. Moi, dorénavant, je transmets les fiches de tous les demandeurs de mon arrondissement à l’OPAC, afin qu’ils soient enregistrés.

Que savez-vous de l’attribution des logements intermédiaires par les sociétés d’économie mixte, les SEM ?
Sur leur patrimoine propre, elles attribuent souverainement à qui elles veulent. Elles ne sont pas tenues d’avoir une commission. C’est du copinage à l’état pur.

La Mairie peut-elle exercer un contrôle ?
Les SEM se comportent comme des promoteurs immobiliers, pas comme des bailleurs sociaux. Or, elles dépendent de la Ville de Paris. Mais Chirac et Tiberi ont accepté de les laisser maîtres du jeu. Je souhaite que la nouvelle équipe revoie toutes les conventions signées avec ces SEM. Pour l’instant, ça n’a pas beaucoup bougé.

En Conseil de Paris, vous avez dénoncé le phénomène des logements perdus par la Ville et repris par les bailleurs. De quoi s’agit-il ?
Par convention, la Ville ou les mairies disposent de deux à trois mois pour trouver un candidat à un logement vacant. Si les bailleurs sociaux tardent à nous informer du départ d’un locataire, nous n’avons pas toujours le temps de trouver un remplaçant dans les délais. Et le bailleur « reprend » le logement pour l’attribuer à qui lui semble bon.

Comment se fait-il que vous ne trouviez pas de candidat en deux ou trois mois ?
Un exemple : un appartement, géré par la RIVP, s’est libéré le 24 septembre. Je reçois seulement le 24 octobre l’avis de vacance. (Il montre le fax.) Du coup, je n’ai qu’un mois pour trouver un locataire. J’ai immédiatement convoqué une commission d’attribution : elle ne peut se réunir que le 4 novembre. Le 5, j’envoie le dossier du candidat retenu à la RIVP qui va le contacter vers le 10. Le 11 est férié. Le candidat visite l’appartement le 12. Il a douze jours pour donner sa réponse. S’il le refuse, le 25 novembre, le logement sera perdu. C’est scandaleux. Je ne parviens pas à obtenir le nombre de ces logements perdus par la Ville chaque année. Mais il doit être conséquent.  Propos recueillis par  Catherine Erhel et Maël Thierry



Etage par étage, l’immeuble social chic du Marais


Située dans le 4e arrondissement de la capitale et gérée par une SEM, l’adresse appartient à la Ville. Les loyers s’élèvent à 9 euros le mètre carré, contre une moyenne de 15 euros sur le marché libre. Revue de détail des locataires bien installés.
 
Le nouveau venu . 3 p. 75 m2
Son bail date de septembre 2000. Il paye un loyer de 672 € (4 408F).

La journaliste . 3 p. 75 m2
Elle paie 570 € (3 740F) depuis 1989, soit 50F le m2. Elle a échappé à une augmentation en 1995, puis en 1998. En 2004, lors du renouvellement du bail, son loyer sera réévalué, jusqu’à atteindre en 2010 celui de son voisin du dessus.

La vieille dame . 3 p. 75 m2
Elle a 70 ans et habite là depuis toujours. Son «loyer 1948» est passé de 1 000 F par mois en 1977 à 2020F en 2001. Le bailleur a alors demandé une augmentation de 400 F chaque année, pour arriver à 776 € (5 090F) en 2007. Affolée, elle a saisi la commission de conciliation des loyers.

Le comédien . 2 p. 72 m2
Il est arrivé en 1999 et paie 625 € (4 100 F) par mois. La prochaine augmentation est prévue en 2005.

L’infirmière. 3 p. 72 m2
Elle habite là depuis 1976. Elle payait à l’époque 950 F par mois. Depuis, elle accepte les augmentations sans discuter et devrait arriver à un loyer de 650 € (4 265 F) en 2006. Elle trouve que cela devient cher et envisage de partir en Bretagne.

La doctoresse. 2 p. 70 m2
Elle a 38 ans et est arrivée en 1998. Elle paie 625 € (4 100F).

Le chef de cabinet. 2 p. 69 m2
Il travaille à la direction administrative d’un hôpital parisien et a été chef de cabinet d’un élu. Son logement est considéré comme «très beau» sur la fiche technique. Il a toujours contesté les augmentations demandées et, jusqu’à présent, a réussi à y échapper. En 2002, il paie 260 € (1 700 F!) de loyer, soit 3,5 € le m2. A titre de référence, le mètre carré de HLM est à 5,5 €. Nouveau contentieux avec le bailleur, qui souhaite obtenir une augmentation qui porterait le loyer à 620 € (4070F) en 2007. CRL


Vingt mairies: 20 modes d'emploi


chaque année, 1500 logements sont distribués dans les vingt arrondissements. Selon des us et coutumes presque toujours différents. Souvent discrétionnaires. Surréaliste!
 

Règle n°1
S’inscrire à l’antenne ou au bureau logement de sa mairie. C’est une émanation de la Direction du Logement et de l’Habitat (DLH) qui dépend de la Mairie de Paris, et se charge d’enregistrer les demandes de logements sociaux de chaque mairie. Pièces nécessaires: carte d’identité, carte vitale, livret de famille, originaux des fiches de paie, des quittances de loyers des trois derniers mois et du dernier avis d’imposition. Impératif: se faire remettre un numéro d’inscription, même provisoire. C’est la preuve que vous avez intégré le fichier central de la Ville de Paris. Et un sésame pour la suite des opérations.


Règle n° 2
Prendre maintenant la direction de l’OPAC pour y déposer un dossier et figurer dans son fichier perso (51, rue du Cardinal-Lemoine, Paris-5e; 01-44-41-75-00). Idem auprès des sociétés d’économie mixte (SEM) qui ont leur propre listing (lire pages 10-11).


Règle n°3
Faire du lobbying auprès des élus de votre arrondissement: ils privilégient les cas «signalés». C’est le fichier «cabinet». Pour les détails, suivez notre guide. Et pour les généralités très générales et très incomplètes, le site de la Mairie de Paris: www.mairie-paris.fr  Un tuyau: l’onglet SEM, pour trouver tous les téléphones.



1er (UMP)
Tous à la permanence

Exit le fichier central : les demandes étudiées sont celles des habitants «venus voir le maire», Jean-François Legaret, à sa permanence du jeudi. Une première sélection est faite par son cabinet (01-44-50-75-12). Les candidatures retenues sont ensuite examinées en commission d’attribution.
Ses membres? Le maire, des élus (dont l’opposition), la directrice du Centre d’action sociale et la coordinatrice des services sociaux.
Une dizaine de logements attribués par an, surtout des PLI.

2e (Verts)
Réglo

A la demande de la mairie du 2e, la DLH (Direction du Logement et de l’Habitat) sélectionne une quinzaine de dossiers par logement dans le fichier de la Ville de Paris.
Une commission désigne l’heureux élu. Elle comprend le maire Jacques Boutault, son adjointe au logement Dominique Dussart, l’opposition, les services sociaux et deux associations, la Clairière et l’Association départementale d’Information sur le Logement (ADIL). Ses membres peuvent alerter sur tel ou tel dossier. Se faire connaître.
Un seul PLI attribué depuis 2001.

3e (PS)
Pionnier

La mairie a pris les choses en main: elle a conservé une copie des dossiers des 1600demandeurs de l’arrondissement, avec l’autorisation de la CNIL. Désormais, ils sont aussi reçus par Yves Contassot, adjoint au logement du 3e (01-53-01-75-11). Après une première sélection informatique, Yves Contassot et son collaborateur font un second tri. Ensuite, la commission tranche.
Elle comprend: le maire, Yves Contassot, l’opposition, les services sociaux, l’ADIL, le Collectif logements du 3e. Chacun peut soumettre ses propres candidats. Les décisions sont affichées en mairie.
Une dizaine de logements intermédiaires attribués par an.

4e (PS)
Bricolo

Frédéric Fredj, conseiller chargé du logement, sélectionne les candidats à partir d’une liste «de gens qui viennent [le] voir», puis soumet ses choix au maire et au cabinet (01-44-54-75-01).
Du «bricolage», en attendant la mise en place de la commission.
Depuis janvier, 10 PLI attribués.

5e (ump)
Tibérissime

La sélection, c’est le cabinet. La désignation, Jean Tiberi: «Les gens écrivent, viennent aux permanences, se signalent aux services sociaux. Ensuite, mon cabinet fait le travail préparatoire et, moi, je choisis les cas urgents et anciens.»
Pas de commission, qui n’est pas une garantie de transparence selon le maire. «Mais, puisque c'est à la mode, on va en faire une.»
Sur le dernier semestre 2001, 2 PLI attribués.6e (ump)Rikiki
En théorie, c’est le cabinet du maire qui «sélectionne. A partir des gens venus nous voir». Un fichier local de 1000 demandeurs. Après? «Si jamais j’avais un PLI à attribuer, affirme le maire Jean-Pierre Lecoq, je réunirais une petite commission, avec l’opposition et les services sociaux.»
Sur le papier, c’est beau. Mais aucun PLI n’a été attribué depuis mars 2001.

7e (ump)
Le néant

Arrondissement sinistré : zéro PLI. «On vous lira avec intérêt, ça nous permettra de comprendre comment ça marche», dit-on au cabinet du maire.


8e (ump)
Mauvaise pioche

La sélection? «Il n’y a pas 36manières: ce sont les gens qui me sollicitent», dit le maire, François Lebel. Tous les cas signalés sont répertoriés dans un «cahier» au cas où. C’est là qu’il «piocherait» s’il avait un logement intermédiaire à attribuer, en favorisant les habitants menacés d’expulsion. «Si le cas se présentait, je serais terrorisé», avoue-t-il.
Depuis mars 2001, aucun logement attribué.

9e (PS)
Scrupuleux
Ici, pas d’écrémage: les dossiers des 2030demandeurs du 9e sont conservés et traités.
Chiadée, la commission d’attribution compte 4élus (dont l’opposition), les services sociaux, les associations Emmaüs, ATD Quart Monde, Accueil logement Saint-Lazare et le Secours populaire. Elle élit pour deux ans un bureau de trois membres, chargé de la présélection. «Les critères font l’objet d’une charte», indique Corine B^arlis, présidente du bureau.
Depuis mars 2001, 25logements intermédiaires attribués.10e (PS)Discipliné
« LA DLH nous sélectionne les dossiers qui correspondent aux logements sur les 4300demandeurs du 10e», indique Rémi Féraud, premier adjoint au maire.
Etape suivante: la commission d’attribution, qui comprend le maire Tony Dreyfus, Rémi Féraud et l’opposition, des services sociaux, la Caisse d’Allocations familiales, les associations Centre social Aires10 et l’ADIL. Se faire connaître: «On essaie d’attribuer les logements à des cas connus par les élus ou les associations. »
Depuis début 2002, 15 PLI attribués.

11e (Pôle Républicain)
Prime au harcèlement

Les dossiers traités sont ceux des habitants qui se sont fait connaître du maire Georges Sarre, de Catherine Lassure, déléguée au logement (01-53-27-11-16 ou 11-12), de Liliane Capelle, chargée des questions sociales, ou encore du député Patrick Bloche (PS). Avec, reconnaît-on, «une prime au harcèlement». Les élus ont d’ailleurs décidé de ne plus recevoir les demandeurs, sauf exception. Leur écrire.
Une commission existe sur le papier, sans l’opposition. Mais ne s’est pas réunie car aucun programme neuf n’a été livré: « On ne convoque pas une commission pour un logement isolé. »


12e (PS)
Efficace
Le 12 e, qui compte 6 000 demandeurs, fait « extraire une vingtaine de fiches par la DLH en fonction du type d’appartement ». Quand le temps ne presse pas. Sinon, « pour ne pas perdre de logements », la mairie, tout en le déplorant, pioche dans les 2 000 dossiers de zélés qui se sont fait connaître.
La commission comprend la maire Michèle Blumenthal, Laurence Dutriez, l’hyperactive adjointe au logement (01-44-68-12-64), des élus PS (l’opposition n’a pas souhaité siéger), des associations : Commune libre d’Aligre, Relais 59, Amicale Georges-Contenot et la Confédération nationale du Logement (CNL).
En 2001, 145 logements attribués, dont 57 PLI et 66 loyers libres.

13e (PS)
Débrouillard
 « C’est inéquitable, grogne Jean-Pierre Ruggieri, directeur de cabinet, mais nous avons constitué un fichier cabinet, à partir des visites aux permanences et des lettres. » Soit 4 000 dossiers sur 9 000 demandeurs. C’est qu’ici on a « une confiance limitée » en la DLH, jugée « trop tibériste et éloignée du terrain ». « Faute d’accès au fichier des demandeurs du 13e », la sélection est donc celle des élus, explique Christophe Pichaud, chargé du logement (01-44-08-14-02).
 La commission comprend le maire, des élus (dont l’opposition) et des associations de locataires : CNL et SLC.
Durant le premier semestre 2002, 29 PLI et 63 loyers libres attribués.

14e (PS)
Suivez le guide
Incroyable ! Un « Guide du logement social » détaillé est à la disposition des habitants. Tout y est expliqué. Clairement. Et jusqu’à la sélection. Premièrement : la commission fait « extraire » par la DLH des dossiers parmi les 4 450 demandeurs de l’arrondissement. Deuxièmement : elle examine aussi les 2 000 cas connus des élus via les permanences et les courriers. Jean-Paul Millet est le monsieur logement local (01-53-90-67-04).
La commission comprend un président désigné par le maire, les élus de la majorité, les services sociaux, des associations : Emmaüs, Solidarité nouvelle pour le Logement, trois associations de locataires, la Ligue des Droits de l’Homme ou le MRAP en alternance.
Depuis début janvier, 47 PLI attribués.

15e (ump)
Le roitelet
Malgré 10 000 demandeurs inscrits, « c’est Monsieur le Maire qui s’occupe des affectations ». Sans adjoint au logement. Ni commission d’attribution. « Je n’ai pas accepté de me défausser sur une commission pour gérer la pénurie, tempête René Galy-Dejean. Et je n’attribue pas : je propose. C’est clair ? » Limpide. La sélection se fait à partir de son fichier cabinet, très vaguement évalué à « des milliers de demandes l’an ». Ce sont celles-là qu’il dépouille, trie et ressort du placard quand il obtient un contingent (01-55-76-75-04).
En 2002, 11 PLI et 60 logements en loyers libres attribués.

16e (ump)
Aux abonnés absents
Le degré zéro de la communication. Malgré maints appels et fax, aucune réponse de Pierre-Christian Taittinger et sa suite. L’adjointe au logement, Raymonde Constant, tiendrait des permanences le jeudi après-midi. Nos condoléances aux postulants (01-40-72-19-11).

17e (ump)
Ronchon
« Créer une commission pour attribuer deux logements par mois, c’est trop lourd, trop long. Trop administratif », grince Jérôme Dubus, chargé du logement. Résultat : il soumet sa sélection au maire. Sa liste ? Les 5 000 demandes de l’antenne logement, dont « 35% de candidats au PLI ».
En 2001, le 17e dit avoir attribué 8 malheureux PLI.

18e (PS)
A côté de la plaque
« Les PLI ne sont pas au cœur des préoccupations des habitants », indiquait Michel Neyreneuf, adjoint au logement, dans le « Journal du 18e » en juillet 2002. Normal : il les tient pour « une demande de confort. Une gâterie ». Sur les  10  000 demandeurs inscrits, plus de 1 000 peuvent pourtant y prétendre. Malgré tout, l’adjoint et sa chargée de mission, Thérèse Lafoucrière (01-44-68-13-89), traitent « les 3 000 demandes signalées » de ceux qui écrivent, s’adressent aux permanences ou sont parachutés par les services sociaux. Rendus anonymes, les dossiers passent en commission. 
A bord : les services sociaux, l’Association Paris-Goutte-d’Or et la CNL.
En 2001, 60 PLI attribués.

19e (PS)
Carrément opaque
Ni adjoint au logement ni commission. « Pour éviter la ghettoïsation, Roger Madec, le maire, choisit », dit Valérie Pichaud, une collaboratrice qui s’occupe de tout (01-44-52-29-39). Entre autres des 5 000 dossiers cabinet, sur 9 500 demandeurs de logement recensés. « L’habitude des gens est de voir un élu pour appuyer leur demande. »
En 2001, 90 PLI attribués.

20e (PS)
L’Arlésienne
« ILN, HLM, PLI : il y a de tout, dit-on à l’antenne logement. Après l’inscription, on peut s’adresser au cabinet du maire. » Là, c’est le trou noir : aucun interlocuteur compétent n’est accessible. D’après Anne Bourgeois, à la communication, en plus de leur dossier, « les demandeurs doivent remplir une fiche d’examen ». Censée ouvrir les portes de la commission. A condition de le savoir : « Sur 11 000 demandeurs, 2 051 l’ont remplie. » 
En commission siègent « 12 bénévoles, issus d’associations caritatives et de services sociaux ». Lesquels ? « Tous veulent que ce soit anonyme. » Résultat : c’est opaque. « Il y a, concède-t-elle, la Ligue des Droits de l’Homme, des gens des paroisses, des enseignants à la retraite. » Injoignables. 
De septembre 2001 à juin 2002, 157 PLI et 156 loyers libres attribués.  

Isabelle Curtet-Poulner et Maël Thierry

"Paris ne doit pas ressembler au Londres d'aujourd'hui"

 

 Le Nouvel Observateur Paris-Ile-de-France. Comment expliquez-vous que le nombre de demandeurs de logements intermédiaires ait diminué de moitié en dix ans (1), alors que la crise du logement n’a jamais été aussi aiguë ?
Jean-Yves Mano. C’est une constatation surprenante. D’autant que 70% des habitants d’Ile-de-France et presque autant de Parisiens ont droit à un logement social. L’explication est peut-être psychologique : les gens ne s’inscrivent plus parce que l’image du logement social n’est pas positive. Le fait qu’il existe différentes catégories de loyers aidés n’a pas été intégré.

Le silence sur ces logements pour classes moyennes est même parfaitement dissuasif ! Comme si, au-dessus du HLM, on n’était plus vraiment dans le social.
Silence non, mais la difficulté à se loger touche aujourd’hui les classes moyennes, c’est exact. En même temps, j’ai 2 000 familles qui vivent dans des immeubles insalubres et 102 000 demandeurs. Où sont mes priorités ? Ce qui est sûr, c’est que je ne souhaite pas que Paris ressemble au Londres d’aujourd’hui : d’un côté une population très aisée, de l’autre une population très aidée. L’équilibre sociologique, c’est ce qui fait la richesse de Paris.

Concrètement…
Pour les classes moyennes, nous construisons du PLS (2). Sur les 3 500 logements sociaux construits par an, 1 100 relèvent du PLS. L’effort de la Ville est équilibré socialement. En outre, nous achetons des immeubles, vendus par des institutionnels, dans lesquels nous souhaitons faire des logements sociaux pour les plus modestes et du PLS, pour la mixité sociale. Nous nous interrogeons sur l’opportunité de promouvoir des loyers à 12euros le m2.

Les familles aux revenus moyens qui doivent fuir Paris et ses mètres carrés hors de prix font-elles partie de vos catégories prioritaires ?
Nous avons la volonté de fournir un logement aux personnes qui font vivre la ville. A mon sens, cela va de l’éboueur au médecin. Ça peut être une auxiliaire de puériculture, une infirmière, un policier, un professeur. 13% de nos attributions sont faites au personnel de la Ville, c’est un de nos objectifs. Nous fonctionnons un peu par quota, et je l’assume : pour les personnes handicapées, les jeunes ménages et les jeunes qui ne veulent plus jouer les Tanguy chez papa-maman.

Lorsqu’on a un logement pas trop cher du type intermédiaire, on ne le quitte plus…
C’est une vraie difficulté. Mais la loi prévoit un maintien dans les lieux. Nous réfléchissons à une action incitative ciblée sur les occupants de grands appartements qui n’ont plus charge de famille en leur proposant de nouveaux logements, plus petits, avec la même grille de loyer. Nous sommes confrontés à un autre problème : l’utilisation de logements sociaux comme résidences secondaires, plus fréquente dans les logements intermédiaires parce que leurs occupants ont plus de moyens. Il y a aussi le problème des 30 000 logements vacants dans le parc privé. Nous voulons convaincre ces propriétaires de nous confier leur appartement en gestion : nous trouvons un locataire et nous garantissons le paiement du loyer. Mis bout à bout, cela fait une politique cohérente. Mais dans Paris intra-muros, on ne sera jamais à la hauteur de toute la demande. Les Parisiens devront vaincre la barrière psychologique du périphérique. Recueilli par Catherine Erhel, Guillaume Malaurie et Maël Thierry

(1) Le nombre de demandeurs de logements intermédiaires enregistrés à la Ville de Paris est passé de 18 600 en 1992 à 10 100 en 2001. Une partie de cette baisse s'explique par la hausse des plafonds de ressources pour accéder aux HLM.
(2.) PLS : prêt locatif social. Le nouveau prêt, qui remplace peu à peu le PLI, est plus « social » (loyer moins élevé, ressources plafond des locataires plus basses).


 
Comment sont logés les élus du conseil de Paris
 
La transparence, c’est comme l’amour, ce sont les preuves qui comptent. Nous avons donc demandé aux 163 conseillers s’ils étaient bénéficiaires d’un logement dont le bailleur est une SEM liée à la Ville, ou s’ils étaient locataires sur le marché libre, ou propriétaires. 95 élus ont répondu. Soit 58,3% du total. Les plus transparents ? Les nouveaux venus, c’est-à-dire les Verts : 91,3% de retour. Suivis du PS (78,4%). En revanche, seuls 36,7% des 11 élus Pc ont cru bon de nous informer. Moins bien que l’UMP (38,2%) mais mieux que le MDC : 28,6%. Au total, on relève six loyers intermédiaires relevant d’une Sem parisienne ou de l’Opac. Est-ce un pur hasard ? Il se trouve que les conseillers qui nous ont répondu sont majoritairement propriétaires : 57,9%. (contre 29,6% en moyenne à Paris). G. M. et V. V.



Jeudi 14 novembre 2002
 

 

14 novembre 2002 Le gouvernement reporte à 2005 la date limite de signature des conventions tripartites Etat-collectivités-établissements de personnes âgées dépendantes Les moyens initialement prévus pour financer les conventions tripartites Etat-collectivités-établissements de personnes âgées dépendantes seront maintenus mais les financements seront «ajustés» en fonction des conventions signées. C’est ce qu’a assuré hier aux députés Hubert Falco, secrétaire d'Etat aux Personnes âgées. Le secrétaire d’Etat a indiqué que 600 000 personnes âgées dépendantes sont accueillies dans 10 000 établissements, 200 000 lits sont inadaptés, 5% des structures devraient être fermées compte tenu de leur vétusté. «Il est donc urgent de moderniser le système afin d'améliorer les conditions d'accueil des personnes âgées dans les structures d'hébergement collectif». Lancée en 1997, «la réforme de la tarification n'a pas abouti», a-t-il commenté. Et d'ajouter : «A notre arrivée, seulement 700 conventions tripartites avaient été conclues ; 1400 devraient l'être avant la fin de l'année». Dans ce contexte, le gouvernement a décidé de reporter à 2005 la date limite de signature de ces accords visant la mise aux normes des conditions d'hébergement, la médicalisation des structures et l'amélioration des conditions de travail des 300 000 salariés qui travaillent dans ce secteur.


Jeudi 14 novembre 2002

 

Trois psychiatres jugés jeudi à Nantes pour escroquerie et faux en écriture

NANTES, 13 nov (AFP) - Trois psychiatres exerçant dans une clinique nantaise comparaîtront jeudi devant le tribunal correctionnel de Nantes pour escroquerie et faux en écriture, accusés d'avoir facturé des actes 365 jours par an entre 1995 et 1998.

L'affaire avait été lancée en avril 1998 par une plainte de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Nantes auprès du conseil départemental de l'ordre.

Selon son directeur Claude Frémont, les enquêteurs de la caisse avaient établi que ces trois médecins de la clinique du Parc à Nantes avaient facturé des actes y compris pendant leurs congés non remplacés, ou lorsque les patients étaient en permission chez eux le week-end.

M. Frémont avait estimé à l'époque le préjudice à "10 millions de francs (1,5 M EUR) sur vingt ans". Celui qui aime être dépeint dans les médias comme "le Zorro de la Sécu" a déclaré mercredi à l'AFP que "cette estimation n'est pas prouvable faute de pièces couvrant toute la période".

"Nous n'avons pu remonter que jusqu'à 1995 et la pratique a cessé en 1998", a expliqué le directeur de la CPAM, ajoutant qu'il demanderait à chacun des prévenus le remboursement d'environ 60.000 euros "augmentés des intérêts".

Les trois médecins cités avaient attaqué M. Frémont en diffamation en 1998, demande qui a fait l'objet d'un sursis à statuer.

En avril 2000, ils ont été condamnés par le conseil de l'ordre à trois mois d'interdiction d'exercer, dont deux mois avec sursis.