FRANCE(du 16/10 au 14/11)(fin de la première partie)

Par Eric JL BRETON

Publié le mardi 12 novembre 2002

Mardi 12 novembre 2002

SOCIAL Près d'un Français sur dix concerné
Budgets en hausse pour les handicapés


PAR MARIE-THÉRÈSE BOISSEAU *
[12 novembre 2002]

« Je veux donner le maximum de mes capacités mais la société doit faire le nécessaire pour que je puisse donner », dit Florence, une myopathe.

L'intégration des personnes handicapées dans notre société est prioritaire. Le président de la République ne s'y est pas trompé en en faisant un des trois principaux chantiers pour l'actuel quinquennat. La création d'un ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées et d'un secrétariat d'état aux Personnes handicapées, voulue par le premier ministre, a été en soi un premier signe politique fort.

Les premières mesures concrètes sont inscrites dans des budgets 2003 en augmentation. Elles traduisent la volonté du gouvernement à la fois d'accueillir davantage de personnes handicapées en établissement et de permettre à celles qui le souhaitent de vivre à domicile. C'est ainsi que le nombre de nouvelles places en centres d'aide par le travail (CAT) et en maisons d'accueil spécialisé (MAS) va être doublé en 2003. Parallèlement, ces budgets vont permettre de créer des postes d'auxiliaires de vie, de développer l'accueil temporaire et d'expérimenter les soutiens à domicile organisés en réseau afin de faciliter la vie quotidienne d'un plus grand nombre de personnes handicapées.

L'année 2003, déclarée année européenne des personnes handicapées, sera marquée par de nombreuses manifestations et surtout par la réforme de la loi de 1975. Déposée devant le Parlement avant l'été, cette nouvelle loi a pour lignes directrices l'accueil, l'accompagnement, l'intégration et la compensation.

Tout commence à l'enfance. Et pour qu'un enfant, quel qu'il soit, puisse donner, adulte, le meilleur de lui-même, il doit être reconnu, dès sa naissance, pour ce qu'il est, et accompagné pas à pas dans son développement en respectant le rythme qui est le sien. Un enfant handicapé doit être pris en charge et ses capacités stimulées bien plus tôt et bien mieux que nous ne le faisons aujourd'hui. Il faut partir de ses potentialités plutôt que de ses manques. Moyennant des aides techniques et humaines spécifiques à chaque type de handicap, il doit pouvoir être accueilli en crèche, en halte-garderie et ensuite à l'école « ordinaire » comme un enfant valide.

En France, l'école est obligatoire jusqu'à 16 ans mais, a contrario, l'éducation nationale a l'impérieux devoir d'accueillir tous les enfants et de s'adapter à leurs spécificités pour qu'ils bénéficient au mieux de la scolarité. Cela ne remet pas en cause le bien-fondé d'établissements spécialisés comme les instituts médico-éducatifs (IME) mais ces derniers doivent être plus ouverts et favoriser des échanges constants avec le milieu scolaire.

Au-delà de l'accueil, l'école doit préparer l'intégration de tous les enfants dans la société notamment les conduire, dans leur très grande majorité, vers un métier. L'activité professionnelle des personnes handicapés en France est encore marginale, et pas toujours directement liée au niveau de qualification : leur taux de chômage est de 26 %, contre 9 % pour la moyenne nationale... Un immense chantier est devant nous !

Cette volonté d'intégration en milieu ordinaire n'est pas contradictoire avec le maintien, voire le développement de « lieux de travail protégé », ce que nous appelons aujourd'hui les centres d'aides par le travail (CAT) ou les ateliers protégés. Mais ces derniers doivent être considérés davantage comme un tremplin par rapport au travail en milieu ordinaire.

Beaucoup de personnes handicapées ne pouvant pas travailler à plein temps, il faudra développer parallèlement le travail à temps partiel et, pour ceux qui ne peuvent pas rejoindre les structures de travail protégé, les activités qui stimulent et facilitent les relations avec les autres.

Qu'elles travaillent ou pas, les personnes handicapées doivent par ailleurs choisir leur mode de vie : voilà un enjeu majeur ! Elles sont nombreuses à souhaiter vivre à domicile. Quelques expériences montrent que c'est possible, quel que soit le niveau du handicap. Les maisons d'accueil spécialisé (MAS), encore insuffisantes en nombre, doivent constituer un recours. Mon ambition est de développer des passerelles, avec la possibilité d'un accueil temporaire plus ou moins prolongé dans les moments de crise permettant aux personnes handicapées ou à leur famille de changer de rythme, de se reposer.

La loi devra aussi favoriser une gestion rigoureuse des deniers alloués. Il s'agit de financement public dont les associations gestionnaires ont à rendre compte à tout moment de façon totalement transparente. Et surtout, elle donnera les moyens de lutter plus efficacement contre les maltraitances de tous ordres à propos desquelles les témoignages ne manquent pas... pour peu qu'on veuille bien les entendre.

Il est coutume de dire qu'il y a 5 millions de Français handicapés, deux fois plus que de chômeurs ! Chiffre approximatif certes mais, à coup sûr, pas très loin de la réalité. Presque un Français sur dix, c'est considérable ! Au-delà de la loi, il appartient à chacun de changer de regard et de comportement vis-à-vis du handicap, d'être ce « passeur » qui permette aux personnes handicapées de vivre avec et comme les autres. Si, parmi toutes les exclusions que notre société sécrète en permanence, nous arrivions, comme dans d'autres pays, à effacer celle générée par le handicap, nous aurions fait oeuvre très utile pour la société tout entière, manifestement inquiète sur son devenir et en quête de sens.

Ne perdons pas espoir car, selon la belle devise des ducs de Bourgogne, que nous soyons des personnes handicapées ou valides : « Plus est en nous » !

* Secrétaire d'État aux Personnes handicapées.