Publié le vendredi 1 novembre 2002
Vendredi 1 novembre 2002

Les radiations à l'ANPE en hausse de 72,8 %
L'AMPLEUR des radiations administratives à l'ANPE pour absence de réponse à une convocation inquiètent les syndicats et les associations de chômeurs. Fin septembre, elles ont progressé de 72,8 % sur un an. Le précédent record datait de juillet dernier (+ 109 % sur un an). « Le Pare (Plan d'aide au retour à l'emploi) est une véritable machine kafkaïenne qui dégraisse les fichiers en multipliant les rendez-vous donnés aux chômeurs », explique Noël Daucé du SNU-ANPE, tandis qu'AC (Agir contre le chômage) dénonce « des chiffres du chômage en trompe l'oeil. » L'association souligne que, depuis un an, moins « d'un tiers des chômeurs qui sont sortis de la liste des demandeurs d'emploi le sont pour reprise d'emploi ». Elle s'inquiète aussi de la multiplication des contrats de courte durée : « Moins de 50 % des offres d'emploi sont des offres de moins de six mois. » Les chiffres du ministère des Affaires sociales le confirment : l'emploi précaire a encore progressé en septembre : ainsi, si l'on intègre les demandeurs d'emploi ayant exercé « un petit boulot » en attendant d'avoir trouvé un emploi stable, le chômage a augmenté de 0,7 % le mois dernier, totalisant 2 678 200 personnes.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 14:08:58
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Vendredi 1 novembre 2002
• LE MONDE | 01.11.02 | 11h28 Pour des services publics à l'européenne
En vingt-quatre heures, la Commission européenne vient de souffler le chaud et le froid sur les "services publics à la française". Mercredi 16 octobre, elle choisissait de lancer un avertissement à la France en lui demandant de priver EDF de certains avantages liés à son statut d'établissement public industriel et commercial (EPIC). Elle a demandé notamment la suppression de la garantie de l'Etat sur les emprunts contractés par l'électricien, car cette caution améliore sa notation par les agences financières et réduit le coût de ses emprunts. D'où un avantage concurrentiel indéniable.
Pourtant, le lendemain, Romano Prodi, le président de cette même Commission, lançait dans Le Monde un vibrant et étonnant hommage au "niveau d'efficacité des services publics français". "C'est la force de la France et il serait bon que des pays imitent cette efficacité", a même rajouté le président tout en rappelant que "pour garantir le maintien de ce type de services, il faut avoir des règles claires qui ne suscitent pas des réactions négatives dans d'autres pays et qui respectent les règles de la concurrence".
Comment expliquer ce double langage ? La Commission cherche-t-elle à ménager les opinions publiques en acceptant de conserver l'enveloppe et l'habillage politique des services publics à la française mais en les vidant progressivement de leur substance ?
Car l'avertissement adressé au gouvernement français va bien au-delà du seul cas d'EDF. La décision de la Commission, particulièrement bien argumentée sur le plan juridique, pose des principes dont on voit mal pourquoi ils ne s'appliqueraient pas demain à La Poste ou à la SNCF. "Les effets de ces aides sont importants dans le contexte actuel de la libéralisation progressive des marchés de l'électricité et de l'expansion des activités d'EDF à l'étranger qui représentaient, en 1999, 18 % de son chiffre d'affaires, contre 12 % en 1998. Le produit de ses ventes en dehors du marché français de l'électricité était de 35 % pour l'ensemble du groupe en 2001, l'objectif pour 2005 étant de 50 %", expliquent les services du commissaire à la concurrence, Mario Monti. Il serait normal que la Commission adopte demain le même raisonnement pour la SNCF, qui poursuit déjà une stratégie d'expansion en Europe dans les domaines du fret et du transport de voyageurs ou pour La Poste, devenue le deuxième transporteur de colis en Allemagne.
TRIPLE "A" POUR LA RÉPUBLIQUE
Habile, la Commission a choisi de rappeler ce principe sur EDF, alors que l'entreprise n'a pas bénéficié depuis de nombreuses années de garanties d'emprunts explicites. Sa décision n'aura donc que des conséquences financières très limitées ne portant que "sur la portion des emprunts obligataires non encore amortie" (47 millions d'euros, une goutte d'eau pour EDF). Mais une fois ce principe affirmé, sans avoir provoqué une levée de boucliers, il sera plus facile de le mettre en œuvre dans d'autres cas plus sensibles. L'agence Standard & Poors, qui accorde un prestigieux triple "A" à la SNCF et à La Poste, car ces entreprises "bénéficient de la signature de la République", ne cache pas que la situation évoluerait si la garantie de l'Etat était remise en question.
Pas à pas, les services publics perdent donc leur spécificité. Leur monopole s'effrite (EDF, Gaz de France, La Poste), quand il n'a pas déjà disparu (France Télécom), le statut de leur personnel se banalise (les négociations à EDF et Gaz de France ont commencé) et les aides de l'Etat (directes ou indirectes) sont de plus en plus difficiles à faire admettre par Bruxelles. La Commission a beau rappeler "qu'elle ne remet aucunement en question le fait que l'Etat soit propriétaire du capital d'EDF et ne conteste pas non plus son statut d'EPIC", elle vide progressivement les services publics de leur substance.
La justification des services publics ne tient pas en effet à la propriété publique de leur capital. La théorie économique – puisqu'on parle bien ici de services publics industriels et commerciaux – les a d'ailleurs depuis longtemps justifiés. L'existence d'un monopole naturel, de rendements croissants (le coût d'un nouvel utilisateur du téléphone, de l'électricité, d'un pont ou d'une autoroute est quasi nul pour la collectivité) et d'économies d'échelle peut justifier, sur le plan de l'efficacité économique, l'appropriation collective de certains services au profit de tous. Une récente étude du cabinet anglo-saxon McKinsey vient d'ailleurs de reconnaître que la dérégulation était allée trop loin en matière de télécommunications aux Etats-Unis. Mais, dans le passé, la captation de la rente du monopole que s'est attribué l'Etat-actionnaire et l'inefficacité de certains services ont fait perdre de vue ces notions économiques de base et ont permis aux partisans d'un libéralisme conquérant de faire reculer le périmètre des services publics.
REDÉFINIR PRIVILÈGES ET DEVOIRS
Par ailleurs, la double équation service public égale monopole, égale entreprise à statut n'est pas démontrée. Depuis plus d'un siècle, la distribution d'eau en France, service public par excellence, est confiée à deux entreprises privées. De plus, en lançant les services publics français à la conquête de marchés étrangers, les différents gouvernements français ont suscité les foudres des concurrents privés qui se sont logiquement retournés vers Bruxelles pour obtenir des règles du jeu loyales et équitables. Les services de la Commission n'ont fait que leur devoir : empêcher que l'Etat français n'avantage ses entreprises nationales hors de ses frontières.
Plutôt que d'entretenir en France un débat biaisé sur le service public, il conviendrait sans doute de changer les règles du jeu à Bruxelles même et d'en redéfinir les contours, les privilèges et les devoirs. Puisque l'actuel président de la Commission semble y être sensible, il faut le prendre au mot et redéfinir, au niveau communautaire, les contours d'un "service public à l'européenne". Alors que l'Europe se prépare à accueillir les anciens pays du bloc de l'Est, la réflexion pourrait même porter sur la place des Etats dans l'économie, les secteurs stratégiques (en dehors de la défense), les aides autorisées (en matière de recherche et développement, par exemple) ou les aides d'urgence. Ne vient-on pas, ces dernières semaines, de voir Gerhard Schröder défendre le statut particulier de Volkswagen, Tony Blair voler au secours d'entreprises privatisées par ses prédécesseurs, mais en grande difficulté, et Silvio Berlusconi se poser en sauveur de Fiat ?
Christophe Jakubyszyn et Frédéric Lemaître • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.11.02 |
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:51:19
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Vendredi 1 novembre 2002
| L'Express du 31/10/2002 |
Jean-Luc Lagardère |
| Comment il est devenu si puissant |
| par Vincent Nouzille, Renaud Revel | |
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| En rachetant Vivendi Universal Publishing, le patron gascon est devenu, à 74 ans passés, le n°1 de l'édition en France. De l'aéronautique à l'armement, en passant par l'automobile et les médias, ce boulimique a su se tailler un empire à la mesure de son appétit. Pourtant, ça n'a pas toujours été facile. Retour sur une ascension en dents de scie |
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© S. Gladieu pour L'Express
 Arnaud et Jean-Luc Lagardère. «Arnaud incarne, à mes yeux, la continuité.»
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Ce 23 octobre, ils sont venus nombreux assister, en rangs serrés, à la remise de l'ordre national du Mérite à la romancière Irène Frain par Jean-Luc Lagardère. La veille, le patron du groupe éponyme a décroché contre toute attente le pôle édition de Vivendi Universal. C'est la première sortie publique de l'entrepreneur depuis l'annonce de l'opération et l'occasion pour un parterre d'écrivains, d'éditeurs et de journalistes de prendre le pouls du champion. Inutile de dire que Lagardère est hilare. Avec le sourire jubilatoire des jours de victoire, son adrénaline. Multipliant les poignées de main, «Jean-Luc» semble sur un nuage.
Il biche... En vérité, l'homme adorerait qu'on retienne de lui, à cet instant, qu'il excelle dans les grandes manœuvres comme aux premiers jours. Dans l'assistance, l'éditorialiste politique Philippe Alexandre ne perd pas une miette du spectacle et lâche d'un ton amusé à l'un de ses voisins: «S'il commence à remettre des décorations à tous ses auteurs, il n'a pas fini!»
Pour l'heure, l'industriel savoure son succès, obtenu à l'arraché. Avec un chèque de 1,25 milliard d'euros, il devrait pouvoir ajouter les maisons d'édition de VU (Plon-Perrin, Presses de la Cité, Robert Laffont, Dunod, Larousse, Bordas, Nathan, 10/18, etc.) à son pôle livres (Hachette, Grasset, Fayard, Lattès, Livre de poche, etc.). «On va ainsi sécuriser notre base nationale», explique Arnaud Largardère, fils unique de Jean-Luc, qui pilote les activités médias du groupe depuis 1998. La veille, dans les étages de la rue de Presbourg, au siège de son groupe, les effusions, à la mesure du coup de théâtre, allaient bon train. «Un heureux dénouement qui vient compenser les jours sans», savoure l'un des féaux de Jean-Luc.
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Il a la mine enchantée d'un gamin espiègle qui s'ingénierait à perpétuellement surprendre son monde |
Après un coup de fil, aux environs de 17 heures, de Jean-René Fourtou, PDG de Vivendi Universal, venu lui annoncer la bonne nouvelle, Jean-Luc Lagardère est allé féliciter ses troupes. Une task force composée d'Arnaud Lagardère, de Jean-Louis Lisimachio, le patron de la branche livre du groupe; de Dominique D'Hinnin et Jean-Luc Alavennat, les financiers; de Frédérique Bredin, qui aura géré le dossier à Bruxelles, de Thierry Funck-Brentano et Jean-Pierre Joulin, deux sherpas, chargés de la communication, efficaces lobbyistes à leurs heures.
Le Gascon triomphe, avec cet air ravi qui semble dire: «Eh oui, c'est moi encore qui l'ai fait.» Comme aux temps bénis, quand il rachetait à la hussarde Hachette, redressait l'audience d'Europe 1 ou reprenait le contrôle de Matra privatisée. Il a la mine enchantée d'un gamin espiègle qui s'ingénierait à perpétuellement surprendre son monde, jusqu'à son propre fils, pour montrer qu'il a encore du panache. L'éternel retour d'un homme qui n'a cessé de rebondir. N'en déplaise parfois à ses lieutenants, ces «Lagardère boys» redoutés qu'il bouscule souvent sans jamais les punir vraiment, Jean-Luc reste, à 74 ans passés, le maître du jeu. «Dès qu'il relâche un peu la pression, il sent que des forces centrifuges sont à l'œuvre, alors il ne peut s'empêcher de penser qu'il doit reprendre les choses en main», s'amuse l'un de ses proches. D'aucuns y voient le syndrome d'un monarque vieillissant, incapable de lâcher prise, se croyant toujours indispensable. Mais, avec l'opération VUP, les barons, une fois encore, ont compris que le boss n'était pas près de dételer!
Ce Gascon hyperactif n'a pas toujours été aussi fin tacticien. Lorsqu'il déboule, en 1962, aux commandes de la petite société Matra, le jeune ingénieur de Supélec, qui a planché durant dix ans sur les tables à dessin de Dassault, est alors un trublion vibrionnant. «Il était animé d'une véritable fureur d'entreprendre», se souvient l'un des compagnons de l'époque. Il commence ses réunions à 7 h 45 du matin, recrute à tour de bras, se passionne pour l'aventure spatiale, voyage quarante-huit heures d'affilée pour aller vendre ses missiles en Australie. Au volant de sa DS, il roule à tombeau ouvert, au point que ses troupes finissent par le surnommer «Vroum Vroum». Rien ne l'arrête. Avant d'agir, la seule question fondamentale qu'il se pose est: «A ma place, que ferait John Wayne?» Dégainer avant de réfléchir. Cette ligne de conduite rustique permet à Matra de décoller. Néanmoins, elle se révèle parfois dangereuse. Car Lagardère préfère risquer un dérapage que retenir un élan. Et, gaulliste devenu pompidolien avant de se convertir au giscardisme, il s'enflamme pour les grands projets industriels du pays. Les contrats d'armement pleuvent. Giscard lui promet une chaîne de télévision et lui offrira Hachette sur un plateau. Du coup, il est sollicité pour sauver d'autres secteurs. Il avait refusé de reprendre Lip, mais, au milieu des années 1970, il vient au secours des compteurs Jaeger, de Solex, des horlogers Yema et Jaz, des composants électroniques, du fabricant de munitions Manurhin, d'usines de téléphonie. Erreurs de taille
La plupart de ces diversifications se termineront, sous Mitterrand, en véritable Berezina industrielle! Au moment de l'arrivée au pouvoir des socialistes, en 1981, Jean-Luc plaide d'ailleurs la mauvaise santé financière de ses activités «civiles» pour éviter une nationalisation complète et un démantèlement de son empire… Ce sont les juteuses commandes d'armes, notamment de l'Irak, qui sauvent finalement le groupe d'une faillite au milieu des années 1980.
Lagardère l'a échappé belle. «Jamais plus je ne me laisserai dicter mes décisions par les politiques», dit-il alors. Conjurant cette erreur - «Je ne fais jamais deux fois la même», répète-t-il souvent - il en commet immédiatement une autre, et de taille: celle de se croire invincible quand il est donné favori lors de la privatisation de TF 1 en 1987. Soutenu officieusement par Jacques Chirac à Matignon et François Léotard au ministère de la Culture, Jean-Luc Lagardère prend à peine le soin de préparer sérieusement sa candidature, avec ses lieutenants Etienne Mougeotte et Yves Sabouret. Puisque Hachette doit devenir un «grand groupe français multimédia», le Gascon ne voit pas ce qui pourrait l'arrêter! Il sous-estime le pouvoir de lobbying du challenger Francis Bouygues, qui mitonne son offre en s'adjoignant, notamment, les services de Bernard Tapie et de Robert Maxwell. Cet étrange attelage bénéficie de l'appui de publicitaires, comme Jacques Séguéla, qui hurle contre les futurs pouvoirs de Hachette, la «pieuvre verte», tout en ayant l'oreille de Francois Mitterrand à l'Elysée. Au terme d'une intense bagarre médiatique et de pressions discrètes, le lièvre Hachette est battu sur le fil par la tortue Bouygues. «De ma vie, je n'ai jamais contesté la décision d'un arbitre ni souhaité mauvaise fortune au vainqueur. Il paraît que cette élégance me coûte cher. Tant pis», écrit-il, dans une chronique publiée le 5 avril 1987 dans l'un de ses journaux, Le Journal du dimanche, au lendemain de sa défaite. Mais l'homme d'affaires contrit ne peut s'empêcher d'entonner un couplet cocardier dont il est coutumier: «Je pense (...) à la France et j'éprouve une grande tristesse.»
En réalité, Lagardère, en patriote fervent, admirateur de De Gaulle comme de Louis XIV, croit toujours que ses intérêts servent le drapeau qu'il arbore avec fougue. Pour cet industriel de l'armement, qui a connu plusieurs dizaines de ministres de la Défense depuis ses débuts en 1952, ce credo est naturel. A ses yeux, promouvoir Matra ou Hachette, c'est défendre des attributs de la souveraineté nationale, dont il se sent un peu le dépositaire. Les évincer, c'est affaiblir le blason tricolore! Il est vrai que, avec ses missiles, ses satellites, ses Airbus, ses livres scolaires, sa radio influente (Europe 1), ses éditeurs renommés et sa kyrielle de magazines (de Paris Match à Elle), Jean-Luc Lagardère gère des «secteurs sensibles», dont l'influence dépasse largement leur seul poids économique. «C'est ma responsabilité et ma fierté», avoue-t-il, dans un de ses accès de fausse modestie dont il a le secret.
Il a toujours joué avec force - et parfois avec une emphase agaçante aux yeux de ses concurrents - de ces arguments. Lorsque La Cinq, reprise aveuglément en 1990 à un Robert Hersant ravi de l'aubaine, s'abîme dans un désastre financier, Hachette risque le dépôt de bilan. Lagardère répète alors partout que le danger est grand de voir les géants américains ou allemands fondre sur les livres scolaires de l'Hexagone! Effrayés, Pierre Bérégovoy à Matignon et Jean-Yves Haberer au Crédit lyonnais décident d'aider le Gascon. La banque publique appuiera la fusion Matra-Hachette, qui sauve le groupe du désastre en 1992. Et permet à Jean-Luc de mettre enfin son nom de famille au fronton du nouvel ensemble, qu'il contrôle désormais fermement. La cause «nationale» rejoint ainsi les intérêts patrimoniaux et le projet dynastique de Lagardère! Intérêts tricolores
Ce mélange des genres ne le choque pas. Mais peu de gens se rappellent qu'il n'a pas toujours conservé les actifs «nationaux» dont il avait hérité: ses composants furent autrefois revendus à l'allemand AEG, son horlogerie au japonais Seiko, ses équipements automobiles à l'italien Fiat. Et, aujourd'hui, il cherche désespérément un repreneur, probablement étranger, pour les usines de Matra Automobile, qui viennent d'arrêter la fabrication de l'Espace, son modèle best-seller.
Il n'empêche. Lagardère continue de plaider la «défense des intérêts tricolores» pour pousser ses pions. Et cela marche! Ainsi, écarté de la privatisation de Thomson en 1997, Lagardère est revenu par la fenêtre dans le dossier Aerospatiale en 1998: «Il a dealé avec Jospin de manière très politique en lui disant: “Confiez-moi les clefs d'Aerospatiale et je vais en faire le noyau d'un grand groupe européen d'aéronautique et de défense, dont vous pourrez être fier.” Jospin lui a fait confiance. Et Lagardère, qui a reçu ce cadeau inespéré, a tenu parole», raconte un initié. Le géant EADS est né à Strasbourg en octobre 1999. Jean-Luc est son parrain incontesté, décidé à rester aux manettes au moins jusqu'en 2006!
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Même s'il se sait désormais incontournable, le Gascon prépare méticuleusement le terrain |
Ses ambitions ne s'arrêtent pas là. Lagardère rêve d'une télévision pour son empire. «Il n'est pas question d'une quelconque revanche, mais la télévision fait partie des activités nécessaires à un grand groupe de communication», explique Arnaud. En juillet dernier, Jean-Luc a refusé le dossier Canal +, qu'il jugeait trop plombé. Son fils n'a pas dit son dernier mot, si le train de Canal + venait à repasser ou si France 2 devait être privatisée. Le père garde aussi un œil vigilant sur toutes les opportunités de croissance dans l'aéronautique et la défense. Il ne croit guère aux alliances transatlantiques, contrairement aux espoirs de son bras droit, Philippe Camus, qui codirige EADS avec l'Allemand Rainer Hertrich. Pour renforcer définitivement le camp français au sein d'EADS, il aimerait reprendre des morceaux de Thales (l'ex-Thomson) qui lui avait échappé en 1997 ou arrimer solidement l'avionneur Dassault à son navire amiral. Seul problème: Thales veut préserver son indépendance et Serge Dassault, maître chez lui, n'est pas du genre à se laisser croquer par l'ami Jean-Luc, qu'il a toujours considéré comme un missilier sous-traitant!
Du coup, même s'il se sait désormais incontournable, le Gascon prépare méticuleusement le terrain. Il a retenu quelques leçons de ses erreurs passées: suivre sa voie, bien étudier les actifs à reprendre, ne pas trop croire les promesses des politiques, ne pas partir à l'offensive en super-favori, user à bon escient de la fibre patriotique, faire jouer les bons réseaux de lobbying. Sous Jospin, il avait discrètement recruté comme conseiller un certain Jean-Jacques Piette, ancien banquier qui avait ses entrées privilégiées à Matignon. Il utilisait les carnets d'adresses des publicitaires, comme Maurice Lévy, proche de DSK, ou Stéphane Fouks, conseiller de Jospin. Branle-bas de combat
La donne change-t-elle, comme en mai dernier? Lagardère s'adapte. Il a immédiatement écrit à Jacques Chirac, qu'il tutoie depuis les années 1960, pour le féliciter de sa réélection et l'assurer de son loyal soutien d'industriel. Le 29 mai, il a déjeuné secrètement en tête à tête avec Jean-Pierre Raffarin, histoire de lui expliquer ses projets, tant dans le domaine de la communication que de la défense. Son lieutenant fidèle, Jean-Pierre Joulin, garde le contact avec son ami Dominique de Villepin. Son fils, Arnaud, qui a embauché Isabelle Juppé, épouse du maire de Bordeaux, comme chargée d'études, apprend également l'art des réseaux à la française. Jean-Luc est son maître. Et dans son offensive sur VUP, une pure opportunité, il a déployé tous ses talents.
«On ne lâche rien!» D'emblée, Jean-Luc Largardère met la pression quand, au début de septembre, il décide de foncer. Jacques Chirac à l'Elysée et Jean-Pierre Raffarin à Matignon - craignant qu'une partie du patrimoine culturel français ne tombe entre les mains de fonds d'investissements anglo-saxons - ont fini de le convaincre de jouer les chevaliers blancs. Le 13 septembre, le groupe officialise son intention de rachat. Et c'est le branle-bas de combat. Dans les étages de la rue de Presbourg, aucune place n'est laissée au doute. Invoque-t-on devant lui ses faibles chances de gagner, le groupe risquant d'être accusé de concentration excessive, le voilà qui se crispe et durcit le ton: l'œil plus noir, Lagardère répond combativité, défi majeur, enjeu culturel… A quelques rectifications de frontières près - on le dit prêt à céder les éditions Bordas et Nathan à Albin Michel - son dossier passera l'obstacle bruxellois, il s'en dit convaincu. «Nous respecterons scrupuleusement les textes et nous sommes disposés à discuter avec tout le monde», lâche Arnaud Lagardère. Son père y croit dur comme fer. Comme il a cru aux missiles, à l'électronique, aux voitures ou à la radio, avec cette évidence qui lui tient lieu de logique. Pour le reste, qu'on le laisse conduire l'opération. Il a les capitaux, les structures, l'entregent, les hommes et… la haine de la défaite.
En ville, Arnaud Lagardère ne s'embarrasse pas de nuances pour comparer, sans ambages, la bataille qui s'annonce alors à l'épopée napoléonienne produite par l'une des filiales du groupe, GMT, et que France 2 s'apprête à diffuser. Après que le père et le fils ont fêté de concert et en grande pompe, le 20 septembre, sous la coupole des Invalides, le lancement de cette saga avec des accents martiaux, VUP doit être leur «pont d'Arcole!»
«C'est une longue histoire», commente Arnaud. Le groupe français, associé à la firme d'investissement new-yorkaise Ripplewood, affronte deux concurrents, deux consortiums financiers: l'un emmené par Paribas Affaires industrielles - qui aura mobilisé pour cela une équipe de 140 personnes - l'autre conduit par Eurazeo, filiale de la banque Lazard, associée au Crédit agricole et à la banque d'affaires américaine Carlyle. L'enjeu est de taille. Jamais, en effet, en France, le monde de l'édition n'avait connu une opération d'une telle envergure. Un zeste de nervosité
Les handicaps de Lagardère? Ils sont légion, en ce début de septembre: il y a d'abord l'emprise qu'il exerce déjà sur un large pan du monde de l'édition. Il y a aussi cette menace que ferait peser cet accord sur le pluralisme et que dénoncent les éditeurs indépendants, emmenés par Gallimard et le Seuil. Il est vrai que l'alliance Hachette-VUP pèserait entre 40 et 50% du chiffre d'affaires de l'ensemble de l'édition hexagonale, et même 80% pour le livre scolaire, le livre de poche ou la distribution. Il y a encore la Commission européenne de Bruxelles, qui surveille de près le respect des règles de concurrence. Sans compter l'intense campagne de lobbying que déclenchent, tous azimuts, ses deux concurrents, bien décidés à briser les reins de Lagardère. Un front compact, auquel il faut ajouter les réticences d'Agnès Touraine, patronne de VUP, celles de l'ancien patron d'Axa, l'influent Claude Bébéar, et les extrêmes réserves de son affidé Jean-René Fourtou, président de VU, plus enclin à succomber aux sirènes de Paribas, donné grand favori.
La bataille est loin d'être gagnée. Mais l'industriel n'en laisse rien paraître. Seuls ses proches peuvent déceler un zeste de nervosité, une élocution plus brusque, des éclats de rire convenus. En vérité, l'homme est au four et au moulin, jamais meilleur bretteur que quand il se retrouve le dos au mur. Car ses concurrents ont sous-estimé deux choses dans cette affaire. Le poids du politique, d'abord: en privilégiant les seuls aspects financiers du dossier, ses concurrents - aréopage de banquiers - sont passés à côté de la plaque. Et la ténacité de Jean-Luc Lagardère, en personne, ensuite. Armé de son seul calepin et d'un téléphone, il a ratissé des jours durant l'establishment, convainquant, un à un, ceux qui pouvaient entraver sa route, s'assurant du soutien de ceux qui pourraient peser sur l'issue finale. C'est Jacques Chirac, au premier chef, qui l'encourage à aller jusqu'au bout. C'est Jean-Jacques Aillagon, le ministre de la Culture, qui lui apporte son appui au fil de fréquents entretiens téléphoniques. Il sait aussi qu'il peut compter sur l'oreille attentive de Jean-Bernard Levy, l'un de ses anciens collaborateurs devenu le n° 2 de Vivendi Universal. Ou de Jacques Espinasse, actuel directeur financier de VU et ancien cadre dirigeant du groupe Havas, qui s'opposa, en 1992, au projet de raid que préparait son PDG de l'époque, Pierre Dauzier, sur le groupe Hachette.
Entre-temps, Jean-Luc Lagardère, qui n'a pas renoncé à sa partie de tennis quotidienne, aura pris la plume pour dire son «amour du livre» dans une tribune fleuve publiée par Le Monde. En même temps, il assiste, ravi, à la montée en ligne, bien orchestrée, de quelques-uns de «ses» éditeurs fétiches, dont Claude Durand, le patron de Fayard. Lagardère l'outsider, drapé dans sa toge de défenseur de l'exception culturelle, sera finalement gagnant. Pour cela, il aura fallu persuader Jean-René Fourtou, qu'il fit nommer naguère au sein du conseil de surveillance d'EADS comme personnalité extérieure, qu'il était plus judicieux de vendre séparément, et non d'un bloc, les parties française et américaine - en l'occurrence l'éditeur Houghton Mifflin - de VUP. Puis le convaincre de la justesse de son offre, avec mieux-disant financier et culturel à la clef. Lagardère s'y est employé, l'Elysée et Matignon également. Et l'accord s'est fait après que Bernadette Chirac eut organisé un dîner qui a permis aux deux hommes de régler en aparté les ultimes détails d'une opération rondement menée. Même les détracteurs de Jean-Luc Lagardère en sont restés pantois. Un grand banquier d'affaires parisien commente: «Avec cette opération commando sur VUP, il a fait preuve d'un sens de la manœuvre exceptionnel. Jean-Luc nous a tous roulés dans la farine. Chapeau bas!»
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par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:45:46
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Vendredi 1 novembre 2002
| L'Express du 31/10/2002 |
Xavier Darcos |
| «Redonnons une certaine solennité à l'école» |
| propos recueillis par Claire Chartier |  |
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| Ses prédécesseurs ont déjà lancé six plans antiviolence en une décennie. Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire, s'attelle, à son tour, à la lourde tâche de rétablir la «paix scolaire» sous les préaux de la République et dévoile son plan antiviolence à L'Express. Suivi des élèves, rappel des règles, collaboration de l'école avec des partenaires extérieurs: Xavier Darcos épouse avec une ardeur nouvelle une philosophie déjà appliquée dans certains établissements de pointe. En insistant sur le nécessaire retour à l'autorité |
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Vous souhaitez un «changement de mentalité», dites-vous. Mais encore?
La discipline procède du savoir. Il faut rappeler cette évidence pour rétablir l'autorité des enseignants et la hiérarchie entre les jeunes et les adultes. Mais nous devons aussi redonner une certaine solennité à l'école. A chaque rentrée, les élèves et leurs parents seront reçus séparément par un membre de la communauté éducative - un enseignant, par exemple. Ils devront lire le règlement intérieur et signer un «code d'honneur». C'est une façon de responsabiliser les familles. Comment réagir face aux élèves les plus violents?
Au lycée, les jeunes majeurs doivent pouvoir être exclus définitivement sans conseil de discipline. Pour les autres, nous venons de signer une convention avec la Ligue de l'enseignement et d'autres associations de l'éducation populaire afin d'assurer leur prise en charge. Les élèves qui sont vraiment intenables en cours doivent être éloignés un temps de leur établissement et recevoir un enseignement adapté. Des classes relais avec de très petits effectifs existent déjà. Nous y ajoutons des ateliers relais de six à dix jeunes, pilotés par les associations, qui feront collaborer leurs membres et leurs réseaux. N'est-ce pas se décharger du problème?
Il n'est pas normal qu'une poignée d'élèves empêche tous les autres de travailler! Nous n'abandonnons pas ces jeunes. Ce «détour» pédagogique ne pourra pas se prolonger au-delà d'une année scolaire. Ensuite, nous évaluerons l'évolution de chaque élève. Pour ceux qui sont réceptifs aux sanctions, nous insisterons sur les mesures de réparation - les travaux d'intérêt général, notamment. Les élèves exclus temporairement pourront suivre un stage de quelques jours dans un Samu, par exemple, ou dans une caserne de pompiers, pour qu'ils comprennent ce que veut dire l'engagement, la responsabilité, la souffrance. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes perdent complètement le réel de vue. Quant aux victimes de violence - enseignants, élèves, chefs d'établissement - elles pourront s'adresser à un adulte référent. Et sur le plan pédagogique?
Les élèves de première et de terminale seront encouragés à aider les plus jeunes sous la forme du tutorat. Nous instaurerons également une vraie continuité dans les programmes d'éducation civique, de l'école primaire au lycée. Enfin, nous souhaitons augmenter le nombre de postes d'enseignant «à exigences particulières» dans les zones sensibles. | |
| Ses prédécesseurs ont déjà lancé six plans antiviolence en une décennie. Xavier Darcos, ministre délégué à l'Enseignement scolaire, s'attelle, à son tour, à la lourde tâche de rétablir la «paix scolaire» sous les préaux de la République et dévoile son plan antiviolence à L'Express. Suivi des élèves, rappel des règles, collaboration de l'école avec des partenaires extérieurs: Xavier Darcos épouse avec une ardeur nouvelle une philosophie déjà appliquée dans certains établissements de pointe. En insistant sur le nécessaire retour à l'autorité |
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Vous souhaitez un «changement de mentalité», dites-vous. Mais encore?
La discipline procède du savoir. Il faut rappeler cette évidence pour rétablir l'autorité des enseignants et la hiérarchie entre les jeunes et les adultes. Mais nous devons aussi redonner une certaine solennité à l'école. A chaque rentrée, les élèves et leurs parents seront reçus séparément par un membre de la communauté éducative - un enseignant, par exemple. Ils devront lire le règlement intérieur et signer un «code d'honneur». C'est une façon de responsabiliser les familles. Comment réagir face aux élèves les plus violents?
Au lycée, les jeunes majeurs doivent pouvoir être exclus définitivement sans conseil de discipline. Pour les autres, nous venons de signer une convention avec la Ligue de l'enseignement et d'autres associations de l'éducation populaire afin d'assurer leur prise en charge. Les élèves qui sont vraiment intenables en cours doivent être éloignés un temps de leur établissement et recevoir un enseignement adapté. Des classes relais avec de très petits effectifs existent déjà. Nous y ajoutons des ateliers relais de six à dix jeunes, pilotés par les associations, qui feront collaborer leurs membres et leurs réseaux. N'est-ce pas se décharger du problème?
Il n'est pas normal qu'une poignée d'élèves empêche tous les autres de travailler! Nous n'abandonnons pas ces jeunes. Ce «détour» pédagogique ne pourra pas se prolonger au-delà d'une année scolaire. Ensuite, nous évaluerons l'évolution de chaque élève. Pour ceux qui sont réceptifs aux sanctions, nous insisterons sur les mesures de réparation - les travaux d'intérêt général, notamment. Les élèves exclus temporairement pourront suivre un stage de quelques jours dans un Samu, par exemple, ou dans une caserne de pompiers, pour qu'ils comprennent ce que veut dire l'engagement, la responsabilité, la souffrance. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes perdent complètement le réel de vue. Quant aux victimes de violence - enseignants, élèves, chefs d'établissement - elles pourront s'adresser à un adulte référent. Et sur le plan pédagogique?
Les élèves de première et de terminale seront encouragés à aider les plus jeunes sous la forme du tutorat. Nous instaurerons également une vraie continuité dans les programmes d'éducation civique, de l'école primaire au lycée. Enfin, nous souhaitons augmenter le nombre de postes d'enseignant «à exigences particulières» dans les zones sensibles. |
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:21:09
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Vendredi 1 novembre 2002
TOULON Les documents contrefaits servaient à ouvrir des comptes en banque L'affaire des faux papiers dissimule une vaste escroquerie au crédit
 Toulon : Robert des Nauriers [01 novembre 2002] 
 Le trafic de faux papiers et d'escroquerie découvert dans le Sud-Est en juin dernier et qui vient de donner lieu à l'arrestation de trois suspects (Le Figaro du 29 octobre) ne se limiterait pas à une simple affaire de voyous. Il pourrait atteindre des proportions inouïes et éclabousser des personnalités françaises, monégasques, suisses et italiennes. Mais le conditionnel s'impose car enquêteurs et magistrats se montrent d'une très grande discrétion sur ce dossier. Le juge d'instruction toulonnais Philippe Pataud concède cependant que les organisateurs du système sophistiqué mis en place « n'ont rien de Pieds Nickelés ».
Rappelons que l'antenne niçoise du SRPJ de Marseille a procédé récemment à l'arrestation de deux hommes contrôlant à La Seyne (Var) et à Bendejun (Alpes-Maritimes) deux officines où se fabriquaient des centaines de documents contrefaits : permis de conduire, cartes d'identité, certificats d'assurance, etc. Les faussaires utilisaient du matériel informatique et de reprographie dernier cri, des tampons officiels parfaitement imités ainsi que des cachets authentiques. Selon les éléments recueillis par les policiers, les papiers d'identité apocryphes ainsi obtenus servaient à ouvrir de multiples comptes bancaires ou à négocier des dossiers de crédit auprès d'établissements spécialisés. Jonglant avec les dates de virements, les opérateurs clandestins effectuaient des retraits massifs sans craindre la moindre poursuite, les banques ne pouvant se retourner contre des titulaires fictifs.
C'est en juin dernier que, pour la première fois, deux agences bancaires du Var découvraient le pot-aux-roses. Leur dépôt de plainte contre X déclenchait une enquête préliminaire confiée à la section financière de la PJ. Les limiers niçois allaient orienter leurs soupçons vers un repris de justice belge et un ancien kinésithérapeute azuréen en rupture avec sa profession.
Un autre suspect, de nationalité hors Union européenne, devait être aussi longuement entendu. Cet énigmatique personnage, aujourd'hui réfugié à l'étranger, a fait des confidences aux enquêteurs et mis en cause des dizaines de notables établis sur la Côte d'Azur, à Monaco, en Italie et en Suisse. Jouant les « gorges profondes », cet intarissable informateur aurait aussi communiqué les noms des complices exerçant parfois d'éminentes fonctions dans les maisons de crédit et les banques concernées. Lui-même impliqué dans ce trafic, l'homme jouerait aujourd'hui les repentis moins, selon ses dires, pour se soustraire aux foudres de la justice que pour sauver sa peau. Il affirme avoir fourni des preuves irréfutables.
S'agit-il d'accusations fondées ou bien du délire d'un mythomane ? Le juge toulonnais, seul magistrat chargé du dossier à ce jour, ne se prononce pas : « Je n'ai pas eu connaissance de tels éléments. » Mais ces derniers existent bel et bien et déjà le microcosme judiciaire s'agite. Certains évoquent l'hypothèse d'une seconde information ouverte cette fois au cabinet d'un juge niçois. L'avocat toulonnais Jean-Claude Guidicelli, que l'on dit désormais « proche du dossier », observe un silence prudent : « Cette affaire est à la fois trop dangereuse physiquement et procéduralement. » Bref, on se croirait presque revenu aux semaines de plomb qui suivirent l'assassinat de Yann Piat. Il est vrai que le sang aurait déjà coulé. Ainsi, la « gorge profonde » établit un lien entre ce trafic et l'assassinat d'un malfrat sur la promenade des Anglais à Nice. Il pourrait s'agir de Philippe di Christo, abattu en janvier dernier devant la baie des Anges.
par ericjeanloicbreton le 2002-11-01 13:08:00
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